Au Conseil européen de la semaine dernière, le Luxembourg et l’Espagne ont annoncé la tenue, le 26 janvier prochain à Madrid, d’une réunion au sommet : il s’agit, pour un certain nombre de gouvernements, d’ « aider la présidence allemande » qui débute en janvier. Angela Merkel a en effet annoncé son intention de trouver une solution au blocage institutionnel consécutif aux « non » des Français et des Hollandais.

 Ce rassemblement ne concerne pas les moutons noirs de l’Union : seuls les pays ayant ratifié le traité constitutionnel sont conviés. Il y aura donc neuf absents : les deux pays qui ont dit non (France et Pays-Bas) et les sept pays qui n’ont encore rien dit (Royaume-Uni, Irlande, Danemark, Portugal, Tchéquie, Pologne et Suède).

 
Il y a plusieurs façons d’interpréter cette initiative. Les optimistes y verront une chance pour relancer la construction européenne. Les pessimistes s’interrogeront sur la méthode qui consiste à faire pression sur les Etats membres récalcitrants (et en particulier sur la France à la veille de la campagne présidentielle) en réunissant les bons élèves qui ont dit « oui ». Les réalistes (nous en sommes) ne tireront pas de conclusion hâtive : ce rassemblement informel peut aboutir à des propositions constructives pourvu que les participants prennent la peine de comprendre les raisons qui ont poussé des peuples traditionnellement « europhiles » à refuser nettement le traité constitutionnel. Pousseront-ils la lucidité jusque là ? Rien n’est moins sûr.

 En attendant, en France, les commentateurs et responsables politiques favorables au « oui » ne manqueront pas de pleurnicher sur cette « Europe qui se construit sans nous » ou sur « la perte d’influence de la France » au sein de l’Union. On connaît la chanson. Certains esprits lucides ne manqueront pas de reprocher à Chirac son étonnante inaction. Incapable de rebondir après le camouflet que les électeurs lui ont infligé, le président porte évidemment une lourde responsabilité dans la situation actuelle. 

 Seul un changement à la tête de l’Etat rendra possible une relance de la construction européenne. Pour l’instant, les principaux candidats restent flous sur leurs intentions. Si la réunion de Madrid les oblige à être plus clairs et plus ambitieux, elle n’aura pas été inutile…