11 avril 2008
tartuferie
Des sportifs navrés, des officiels dans leur petits souliers, des délégués chinois qui hurlent au racisme, une flamme escortée, éteinte, protégée dans un bus : la tragi comédie ne fait que commencer. Et les gouvernants auront beau mobiliser par dizaines des bataillons de policiers et d'agents de sécurité, le trajet du « symbole de l'olympisme » continuera d'être semé d'embûches. Pour une raison simple : il n'est pas possible de déconnecter le sport et la politique. Ceux qui pleurnichent aujourd'hui parce que « la fête est gâchée » sont des indécrottables naïfs... ou des cyniques.
Le plus effarant dans cette affaire, c'est la tartuferie généralisée.
Hypocrite, la clique du CIO, qui a depuis longtemps bradé le sport au business et aux sponsors. Et ses représentants en appellent aujourd'hui au respect des « valeurs de l'olympisme », qu'ils ne cessent de piétiner! les JO, c'est avant tout une affaire de gros sous. C'est d'ailleurs ce qui a motivé le choix de la Chine : un marché potentiel de 1,4 milliards clients, ça ne se refuse pas. Le reste ne compte pas. C'est d'ailleurs pourquoi la CIO ne proteste pas contre la fabrication de vêtements et d'objets estampillés « Jeux Olympiques 2008 » dans des usines qui violent gravement les droits de l’homme au travail.
Hypocrite aussi, les responsables du sport français, qui pensaient s'en tirer à bon compte en arborant un badge « pour un monde meilleur », censé ne fâcher personne. Résultat : les chinois ont menacé les athlètes, et les manifestant ont brocardé les pleutres.
Hypocrites et
inconséquents, les responsables politiques qui commencent
toutes leurs phrases par « bien sûr, il ne s'agit
pas de boycotter les jeux » et qui semblent découvrir,
après coup, que le choix de Pékin n'était pas
forcément opportun. Le régime chinois combine le pire
du capitalisme et le pire du communisme : qui prétendra le
découvrir aujourd'hui? Et qui pense une seconde que
l'organisation des jeux est susceptible d'infléchir la
politique intérieure chinoise?
Alors, c'est vrai, il y aurait beaucoup à dire sur les mots d'ordre des manifestants ou sur les intentions des meneurs de certaines initiatives. La focalisation sur la seule question du Tibet, par exemple, pose problème : le gouvernement chinois ne se contente pas de réprimer à Lhassa. Il fait tirer sur les foules de paysans ou d'ouvriers qui protestent régulièrement, dans l'indifférence générale. Il menace les travailleurs souhaitant créer des syndicats indépendants. Il emprisonne à tour de bras. Si mobilisation pour les droits de l'homme en Chine il doit y avoir, autant qu'elle ne soit pas sélective!
27 mars 2008
good morning kaboul
Les élections municipales et cantonales ont occulté, pendant quelques semaines, des sujets d'une importance capitale. La crise financière, par exemple, d'une ampleur inédite, a, jusqu'à aujourd'hui, fait l'objet d'un traitement trop timide. En matière de politique étrangère, si les yeux des commentateurs sont rivés, à juste titre, sur le Tibet, et, dans une moindre mesure, sur le déplacement du couple présidentiel en Grande Bretagne, les récentes rumeurs, alimentées par le Canard enchaîné et plus récemment par le Times sur un renforcement des troupes françaises en Afghanistan n'ont pas fait l'objet d'une immense publicité. Bernard Kouchner a pourtant lui-même confirmé l'information.
Il s'agit là d'une affaire cruciale. Pendant la campagne présidentielle, le candidat de l'UMP avait déclaré que la présence des troupes françaises dans cette partie du monde n'était pas « décisive », encore moins éternelle. Il semblerait que le chef de l'État s'apprête à tourner casaque. Sarkozy serait en effet décidé à envoyer près de 1000 soldats supplémentaires dans l'Est de l'Afghanistan. La primeur de cette annonce serait réservée au prochain sommet de l'OTAN début avril.
Ce n'est un secret pour personne : Sarkozy a fait du « réchauffement » des relations diplomatiques avec les États Unis la pierre angulaire de sa politique étrangère. Il a multiplié les signes amicaux en direction de l'administration Bush, et accumulé les déclarations sur la nécessaire « rénovation » de l'alliance Atlantique. En septembre 2007, le président français se disait même prêt à rejoindre la structure de commandement militaire de l’OTAN (la France n'y participe plus depuis la décision de Gaulle en 1966).
L'envoi de troupes en Afghanistan, si il se confirmait, constituerait un nouveau cadeau aux Etats Unis... qui en ont tant besoin aujourd'hui. Embourbés en Irak, les militaires US le sont également chez les afghans. Les talibans, loin d'avoir disparu, reprennent du poil de la bête. Le pays est ravagé, et les promesses de retour rapide à la paix, à la démocratie et à la prospérité, ont fait long feu. Tous les jours, des soldats de la FIAS (force internationale d'assistance à la sécurité, envoyée par l'ONU) sont blessés ou meurent. Dans ce contexte, pourquoi faudrait-il renforcer le contingent français, déjà fort de 2000 hommes? Cette question, de nombreux parlementaires, de l'opposition comme de la majorité, rêveraient de la poser. Cela se fait ailleurs. Pas chez nous : rien n'est prévu par le gouvernement, à quelques jours du sommet de l'OTAN.
Il y aurait pourtant beaucoup à dire. Sept ans après l'invasion de l'Afghanistan, comment expliquer en effet que la pays reste à ce point dangereux? Comment expliquer que la situation humanitaire reste à ce point préoccupante après l'injection de plusieurs milliards de dollars? Comment interpréter le retour en force des talibans, chassés en quelques jours en 2001? Avant de prendre la moindre décision exposant la vie des soldats français, il serait bon de prendre le temps de répondre à ces questions.
19 mars 2008
Après la victoire de la gauche
La poussée est confirmée, et même amplifiée : les élections du 16 mars ont donné une majorité absolue à la gauche, tant aux municipales qu'aux cantonales. 58 villes de plus de 20.000 habitants gagnées sur la droite (contre 10 perdues), une dizaine de départements : la victoire est incontestable et impressionnante. Une majorité de Français habite désormais dans une commune administrée par la gauche. Pour la droite gouvernementale, ce succès est un avertissement sérieux. Même si le résultat de scrutin de dimanche est aussi lié à des contextes locaux, la dimension protestataire du vote est indéniable. C'est à la fois un style de présidence et une orientation politique qui ont été sanctionnés.
Le niveau exceptionnellement élevé de l'abstention est lié à ce phénomène de rejet : si les habitants des quartiers populaires ne se sont pas rendus massivement aux urnes, comme c'est hélas devenu une habitude (à l'exception notable des élections présidentielles de 2007), certaines villes bourgeoises ont aussi pratiqué la grève du vote à l'occasion des municipales (aux cantonales, la participation est plutôt bonne). Sarkozy paie pour la crise du politique qu'il a lui même contribué à entretenir depuis son accession au pouvoir.
Pour la gauche, il ne saurait y avoir d'ivresse de la victoire. Nous avons fait l'expérience amère des lendemains qui déchantent et savons qu'un vote sanction contre la droite lors d'élections intermédiaires ne se transforme pas mécaniquement en vote d'adhésion au niveau national. La séquence 2004-2007 est là pour en témoigner. Sachons en tirer les enseignements
D'abord, en évitant le piège de la confusion. Ceux qui expliquaient que l'alliance avec le centre droit était le sésame pour la victoire sont démentis par les faits. La gauche unie n'a pas besoin du MODEM pour gagner (Paris, Rouen), même dans des villes détenues depuis longtemps par la droite (Reims, Toulouse, Laval). Au mieux, le rapprochement amplifie un peu une victoire attendue (Lille, Dijon). Dans la plupart des cas, il ne crée pas de dynamique ( Marseille, Perpignan). Au pire, les listes PS-MODEM enregistrent des scores inférieurs aux listes de gauche en 2001 et permettent à l'extrême gauche ou aux Verts de réaliser des scores importants (Montpellier, Grenoble). Seuls les cas très atypiques de Brive ou d'Asnières semblent infirmer ce constat. Il faudra certes affiner l'analyse. Mais ce qui est certain, c'est que le PS aurait tort de tourner la tête à droite au moment où il serait bon de regarder à gauche (maintien du PCF, poids important quoique localisé de l'extrême gauche).
Ensuite, ne laissons pas s'installer l'idée selon laquelle la présence majoritaire de la gauche dans la gestion des collectivités locales constitue un contre pouvoir suffisant à la politique de Fillon. Si les communes, départements et régions peuvent amortir le choc des réformes libérales, seule la conquête du pouvoir central permet de transformer la société. Le socialisme local est utile pour améliorer le quotidien des Français, mais pas suffisant pour changer la vie.
Enfin, ne croyons pas que l'addition des expériences locales suffise à élaborer un programme de gouvernement. Le débat idéologique, le travail collectif pour faire émerger des grandes orientations politiques sont plus que jamais nécessaires. En ce sens, la « rénovation » du Parti socialiste n'a pas de sens si elle se résume à un changement de statuts et à un alignement sur les institutions de la Vème république. L'enjeu aujourd'hui est stratégique (quelles alliances? quelles méthodes pour mobiliser la société? ), doctrinal (quelles valeurs? quelle vision du monde?) et programmatiques ( quelles réformes? quels objectifs?). Si la discussion, notamment au PS, se focalise sur le seul choix d'un (e) leader, alors l'échec sera de nouveau au rendez vous.
23 février 2008
jusqu'où?
Difficile de s'opposer au sacro saint principe du « droit des peuples à disposer d'eux mêmes ». Les Kosovars veulent être indépendants et quitter la Serbie, dont la réputation internationale est sérieusement écornée depuis la guerre de Yougoslavie et le règne de Milosevic. Les États Unis se précipitent pour reconnaître la décision unilatérale des dirigeants de Pristina. Le droit international n'a pas été franchement respecté, mais c'est pour la bonne cause, et puis on finit par s'y habituer. Prévisible, la diplomatie française a emboîté le pas aux américains. Le Parlement n'est pas consulté, mais qui s'en étonne encore?
Certes, la Russie de Poutine proteste, le gouvernement de Belgrade vitupère. La solidarité slave, c'est vieux comme le monde. Personne ne semble imaginer sérieusement que ces mauvais coucheurs iront au delà de la simple expression du mécontentement. la Serbie entend rejoindre le paradis de l'Union Européenne, la Russie veut faire du commerce, etc... C'est le scénario optimiste : d'ici quelques semaines, tout est oublié.
Il n'est pas interdit, pourtant, d'être plus prudents. Pour paraphraser le grand Charles, dans des Balkans compliqués, rien de pire que d'arriver avec des idées simples. Les Kosovars ont eu de gain de cause : comment justifier le refus de l'indépendance revendiquée par les serbes de Bosnie? Parce que les aspirations des serbes seraient, par nature, moins respectables que celles des albanais? Parce qu'il sera moins facile d'y installer une base militaire américaine?
Jusqu'ici tout va bien. Et demain? Faudra-t-il se pencher sur les aspirations des minorités en Abkhasie? En Ossétie? En Gagaouasie? En Géorgie? En Bulgarie? En Roumanie?
Voilà, finalement, les seules questions qui vaillent : quand s'arrête-t-on? où s'arrête-t-on? Faut-il encourager à l'infini le fractionnement géographique, le séparatisme, l'indépendantisme? Et croit-on que la vieille Europe sera épargnée? Si nos amis espagnols sont aujourd'hui embarrassés, c'est qu'ils savent que les basques, voire les catalans, ne manqueront pas de s'appuyer sur le précédent kosovar pour revendiquer le passage à « l'indépendance ». Qu'en pensent les flamands? les corses?
Pour certains dirigeants de l'Union européenne, le projet est viable : plaider pour le « dépassement » des nations tout en encourageant l'expression des « nationalités ». Autant le dire : cette option n'est pas la nôtre.
13 février 2008
rideau de fumée
Nous ne sommes pas de fanatiques de la Vème République, loin s'en faut. Un exécutif hypertrophié, un parlement muselé, une excessive personnalisation du pouvoir : les institutions d'aujourd'hui méritent d'être profondément transformées. En attendant ce changement nécessaire, que demander à nos gouvernants? A tout le moins qu'ils occupent leurs fonctions avec un minimum de dignité. En quelques mois, Nicolas Sarkozy a refroidi les enthousiasmes des plus fervents supporters de la monarchie républicaine. Est ce là la « ruse de la raison »? Le chef de l'État qui parachèverait l'oeuvre de Chirac en discréditant définitivement la fonction de président « à la française »?
Car avec Sarkozy, il y a bien un saut qualitatif. Étalage de la vie privée, goût revendiqué pour le luxe, fascination pour l'argent-roi, rien ne nous est épargné. Quels que soient les défauts de ces prédécesseurs, aucun n'aura versé dans un tel exhibitionnisme, aucun n'aura sombré avec autant de virtuosité dans la vulgarité et le racolage.
Le plus dramatique, c'est évidemment de constater que nombre de médias lui emboitent le pas avec une certaine délectation. On ne compte plus les « unes » sur madame Bruni. Un nouveau pas est franchi aujourd'hui. Qu'un hebdomadaire « sérieux » comme le Nouvel Observateur, en effet, choisisse de publier un supposé texto du président adressé à son ex-femme, voilà qui en dit long sur l'évolution de la presse française. Même si Sarkozy a fait de sa vie intime une affaire publique (regrettons au passage qu'il ne soit pas le seul à pratiquer ce genre de confidences), faut-il pour autant entrer dans son jeu, au risque de mettre la politique au niveau où certains rêvent de la voir s'installer : dans le caniveau.
Car les diverses « révélations » qu'on nous inflige créent comme un un rideau de fumée qui masque la réalité de ce pays : une politique économique calamiteuse, des inégalités qui se creusent, des Français qui s'appauvrissent, etc... A l'occasion des élections municipales et cantonales, sachons rappeler les vrais enjeux du moment.
09 février 2008
modèles
Les élites françaises n'aiment rien tant que la comparaison. Les années passent, le besoin de références étrangères, tant au niveau économique que politique, demeure. L'exemple américain, le modèle scandinave, la voie blairiste, le nouveau centre allemand, le génie danois, etc... chacun se plaît à imaginer la France non pas telle qu'elle est, mais telle qu'elle devrait être.
Il s'agit là d'un démarche ambivalente. D'un côté, cela témoigne, contrairement à la légende, d'une certaine modestie française qui ne rechigne pas à s'inspirer, de manière pragmatique, de ce qui semble marcher ailleurs. De l'autre, cela illustre la volonté jamais découragée, chez un petit nombre de « leaders d'opinion », de se débarrasser de tout ce qui fait la singularité de notre pays, tant d'un point de vue social ( rôle important de l'État dans la vie économique, importance des services publics, protection sociale de haut niveau) que politique (persistance d'un clivage droite/gauche encore net, culture de luttes).
Cette manie du modèle n'épargne ni la gauche ni la droite. Après avoir un temps lorgné vers le bushisme, les sarkozystes d'aujourd'hui se rêvent blairistes : l'ex Prime Minsiter promène son sourire ultra bright de colloques UMP en forums bessonistes.
A gauche, les aficionados de Lula voire de Chavez ne sont pas légion. En revanche, le SPD nouvelle mouture ne manque pas de fans. Et la gauche italienne a conquis bien des coeurs : d'abord en choisissant de désigner son candidat au poste de président du conseil via un intéressant processus de primaires populaires (dans lesquelles les sondages d'opinion jouent un rôle prépondérant). Et, plus récemment en portant sur les fonds baptismaux un « parti démocrate » recentré et mollasse.
Les événements récents, en Allemagne comme en Italie, sont riches d'enseignements. Aux régionales de Hesse et de Basse saxe, le Linkspartei, en guerre contre la droitisation du SPD (allié à la CDU au niveau fédéral), réalise des scores encourageants. En Hesse, la candidate Andrea Ypsilanti, figure de la gauche du SPD, farouchement anti-Schröder, a progressé de 8 points. Preuve, si il en est, que les électeurs préfèrent les positions tranchées au clair obscur.
En Italie, le gouvernement Prodi a été renversé au Sénat. Les commentateurs pointent du doigt les conséquences du mode de scrutin ultra proportionnel qui permet à de minuscules formations d'arbitrer la vie politique transalpine. Si cette analyse est fondée, elle occulte une partie du problème : la défaite de Prodi, c'est aussi la sanction d'une politique au fil de l'eau, multipliant les concessions à la droite et au centre. Le drame, c'est évidemment que cette déroute risque de ramener Berlusconi et ses sbires au pouvoir.
Il faut se garder d'avoir une lecture univoque de ces situations. Mais on ne s'interdira pas de formuler une hypothèse : et si c'est en redevenant elle-même que la gauche avait le plus de chances de reconquérir son électorat?
01 février 2008
glossaire, j'y serre mes gloses
A la Rochelle…
Relu le "glossaire , j'y serre mes gloses" de Michel Leiris, sorte d'abécédaire poétique. Mille trouvailles.
Au hasard, et pour donner envie :
Famille :
fameuse charmille d’infamie ,
cul : écluse musculeuse du luxe sensuel
con : monde nocturne de cocons, balcon de chrysalides
chagrin : grincements aigres, s’acharnant en crachin
bourgeoisie : gouge moisie
baroque : rocailleux et bariolé
algèbre : abrégé agile de givres cérébraux
angoisse : hangar poisseux, foisonnant de cent engins pour étrangler
accouplement : poulpe d’amants, en coupe
père : perpétuel pet de reptile
poésie : je l’ai choisie pour épousée
Michel Leiris, mots sans mémoire, coll l'imaginaire Gallimard.
Qui est fou?
Cachez donc ce krach que je ne saurais voir. Pendant quelques jours, le « scandale » de la société générale va occulter le désastre boursier consécutif à la crise des subprimes. Une certaine presse préfère en effet raconter des histoires à sensation plutôt que de se livrer à l'analyse froide des faits : le jeune « trader fou » qui fait fait perdre, à lui tout seul, près de 5 milliards d'euros à une grande banque française, en voilà un beau scénario!
En réalité, il y a bien un lien entre l'affaire « société générale » et la crise. Jérôme Kerviel, c'est le bouc émissaire idéal : il n'y a que les gogos qui imaginent que ce monsieur ait pu engager de telles sommes sans qu'à aucun moment sa hiérarchie n'en ait été informée (rappelons que pour perdre 5 milliards, il faut « miser « bien davantage).
En réalité, le trader s'est contenté, certes avec beaucoup de zèle, de faire ce pourquoi on le paie : spéculer sur des marchés à risques, jouer gros pour gagner gros ou perdre beaucoup. Il ne s'agit pas de compatir : Kerviel, assoiffé de pognon, se meut dans un monde virtuel où l'on jongle avec des milliards sans jamais se poser la question de la vie réelle, celles des gens qui vivent de leur travail et s'endettent pour payer leurs maisons. Ce mercenaire ne mérite pas d'excuse. Mais il n'est qu'un infime rouage, une minuscule pièce du Grand Jeu. Ce n'est pas Monsieur Kerviel qui est fou, c'est le système.
Faut-il y revenir? Le système financier s'est incroyablement autonomisé par rapport à l'économie réelle. Et l'émergence du « pouvoir actionnarial » en est une des conséquences. Ce n’est plus le capitaine d’industrie, secondés par ses cadres et ses employés, qui détermine la politique de l’entreprise, mais l’actionnaire. Pour acclimater les managers à ce changement, leur rémunération a été modifiée pour varier aussi en fonction des performances boursières de l’entreprise. La conséquence de cette mutation : les managers ont été conduits à prendre des risques grandissants pour faire monter le cours de bourse de leur entreprise, allant jusqu’à truquer ses comptes (scandale Enron),ou à dissimuler des informations cruciales pour revendre leurs stock-options ou leurs actions au cours le plus favorable.
La société générale , c'est un exemple parmi d'autres : pour dégager le plus de profits possible, Bouton et ses amis ont lancé leur traders sur les marchés dérivés, emblématiques de la spéculation pure : les risques sont importants mais les bénéfices escomptés sont tellement énormes! Jusque là, cela leur avait plutôt réussi. Aujourd'hui, ça leur pète à la figure. Les subrpimes, la fraude. On aurait presque envie d'en rire si il n'y avait pas des salariés, des clients, des petits actionnaires qui vont payer pour les acrobaties d'une poignée d'irresponsables plein aux as.
25 janvier 2008
Tout va très bien, madame la marquise
Et dire que certains y ont cru, à la « mondialisation heureuse »! Et dire qu'il existe encore une poignée de croyants (hélas, ils sont surreprésentés dans les cercles les dirigeants) à défendre, contre vents et marées, la merveilleuse efficacité du système économique actuel! Surtout ne toucher à rien : la marché se régule de lui même. Et les crises,si violentes soient-elles, sont un mal pour un bien. De saines périodes d'ajustement.
En 1991-92, faillite des les caisses d’épargne américaines. 1995-96, quasi-effondrement de la Corée du Sud, de la Thaïlande, de la Malaisie et de l’Indonésie. 1999-2001, explosion de la bulle internet. Aujourd'hui enfin, la crise de subprimes et ses conséquences. A chaque fois, ce sont les banques centrales qui épongent la dette ! A chaque fois, ce sont les salariés, les retraités ou les petits actionnaires qui trinquent. Pourtant, les Pangloss persévèrent.
Ainsi, la banque centrale Européenne garde le cap, préférant la lutte contre l'inflation au soutien à la croissance. Ainsi, le gouvernement. Car c'est la nouvelle de cette semaine: la France ne sera pas touchée. Voilà en tout cas le message délivré par madame Lagarde, tout sourire. La ministre de l'économie et des finances tient en effet à le faire savoir : cette crise mondiale n'affectera pas notre beau pays. Les hypothèses de croissance, les prévisions relatives au taux d'inflation, rien en doit être remis en cause. Parce que le gouvernement a relancé le pouvoir d'achat via le paquet fiscal et la « revalorisation du travail », nous voilà à l'abri des soubresauts boursiers. Avec Lagarde, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.
15 janvier 2008
innovation
Parce que le sujet divise la gauche, faut-il s'interdire d'en parler? S'il s'agissait d'une question mineure, certainement oui. Mais le vote, en Congrès, d'une révision constitutionnelle permettant de ratifier un traité européen négocié à toute vitesse, cela n'a rien de secondaire.
Il y a deux ans, les Français et les Hollandais rejetaient le TCE, à une large majorité. Désireux de revenir sur ce qu'ils estimaient être un accident de parcours, les dirigeants de l'Union ont réécrit, à la hâte, un nouveau texte, dont on a déjà dit ici qu'il se contentait de reprendre, dans le désordre, les dispositions du précédent. Les principaux promoteur du « mini traité » n'en disconviennent d'ailleurs pas.
Nicolas Sarkozy, pressé d'en finir, soucieux d'éviter le suffrage universel sur cette question, a choisi de faire adopter le traité de Lisbonne par la voie parlementaire. La constitution lui en donne en effet le droit. A une réserve près. Si la majorité des 3/5 des membres du Congrès n'est pas atteinte, le texte soumis est soit retiré, soit soumis à référendum (l'article 89 de notre loi fondamentale n'oblige pas explicitement, en cas d'échec au Congrès, le chef de l'Etat à recourir au référendum).
Quelle a été la position -pour une fois unanime- du parti socialiste, et plus largement de la gauche, sur les modalités d'adoption du traité de Lisbonne? Celle qu'inspirait le simple bon sens démocratique. Ce que le peuple a défait, seul le peuple peut le refaire ou le défaire à nouveau. Tous les dirigeants ont défendu cette position simple et claire, à commencer par la candidate du PS à l'élection présidentielle. L'engagement a été maintes fois rappelé, quelquefois avec solennité : après le « non » du 29 mai 2005, le recours au référendum s'imposait. Qu'on soit partisan du texte de Lisbonne ou de son rejet, cette solution paraissait incontestable. Et d'une lumineuse logique : il paraît en effet difficile de justifier le contournement de l'expression directe du peuple souverain, même par l'intermédiaire de ses représentants.
Que Nicoals Sarkozy tente de passer en force en privilégiant la voie parlementaire en change rien à l'affaire. D'un seul point de vue numérique, le président de la République ne dispose pas d'une majorité suffisante pour faire passer la révision. Si tous les parlementaires de gauche décidaient d'honorer leur engagement (c'est à dire de voter « non » à la révision constitutionnelle), ils auraient les moyens politiques d'imposer une autre procédure de ratification.
Il semble cependant que cela ne sera pas le cas. Le vote de gauche sera éclaté et le traité de Lisbonne sera ratifié. Nous aurons l'occasion, ainsi, de vivre une première : l'annulation d'une décision du peuple par ceux qui sont censés le représenter. Pas sûr que cette innovation soit du goût des citoyens.
