le blog d'Emmanuel Maurel

actualités, politique, littérature, culture

07 janvier 2009

face à la catastrophe

C’est un feuilleton sanglant qui n’en finit jamais. Le conflit perpétuel qui fait dire aux résignés qu ' « il en sera toujours ainsi ». Il est vrai que les protagonistes font tout pour leur donner raison. « Si tu veux la paix, prépare la guerre » : palestiniens et israéliens ont retenu la leçon à leur façon : ils ont perdu de vue l’objectif. Ils font la guerre parce qu’ils la veulent. La trêve de 6 mois n’a servi à rien d’autre qu’à astiquer les armes. Avec le résultat que l’on sait.

D’un côté, le Hamas, fer de lance de la révolution islamiste, n’a pas attendu une journée de plus pour envoyer des roquettes sur l’ennemi sioniste. De l’autre, le gouvernement israélien, dans un contexte électoral difficile (le Likoud est crédité, dans les sondages, d’une avance sérieuse sur les partis de la coalition sortante), a profité de la vacance du pouvoir américain pour se lancer dans une opération aussi sanglante que vaine.

Les morts palestiniens se comptent par centaines, la situation humanitaire à Gaza est effroyable. Et l’opération militaire n’aura finalement abouti qu’à une double radicalisation : l’autorité palestinienne se voit contrainte de soutenir le Hamas, pourtant son ennemi juré. Les partis politiques et les citoyens israéliens se rangent derrière les partisans de la violence (il n’y a qu’à lire les déclarations des travaillistes pour prendre conscience du désastre).

Face à la catastrophe, il faut marteler des messages clairs. Devant l’urgence, il faut demander un cessez le feu immédiat, l’ouverture d’un couloir humanitaire, l’envoi d’une force d’interposition internationale. A plus long terme, le seul objectif réaliste (et le seul souhaitable), c’est l’existence de deux Etats aux frontières stables, qui se reconnaissent mutuellement. L’Europe ne pèse certes pas grand-chose dans cette région du monde mais elle peut jouer un rôle dans l’élaboration d’une solution politique, en parlant à la fois aux Etats-Unis, aux pays arabes et aux belligérants. Le pire n’étant jamais certain, il faut essayer.

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02 janvier 2009

L’homme de l’année…2009 ?

« L’homme de l’année 2008 » n’est pas encore officiellement chef d’Etat. Mais, paré de toutes les vertus, il est attendu comme le sauveur. La ferveur et l’impatience qui marquent l’interrègne américain illustrent, s’il en était besoin, l’incroyable attente suscitée par la présidence de Barack Obama. Dans un monde en crise, traversé de mille conflits, nombre de citoyens veulent croire à cette fiction dangereuse de l’homme providentiel, fût-il américain.

Obama savait que son élection constituerait, en soi, une petite révolution. Mais il n’avait vraisemblablement pas prévu un tel retentissement planétaire. C’est que le contexte dans laquelle elle intervient est particulier. Le système économique prend l’eau de toutes parts, la crise sociale menace, le terrorisme prospère (voir les récents attentats en Inde). Et, à la veille du nouvel an, le conflit israélo-palestinien revient violemment sur le devant de la scène, après une courte trêve au cours de laquelle les protagonistes n’auront fait qu’une seule chose : préparer la guerre.

Il serait évidemment absurde d’accuser les Etat Unis d’être à l’origine de tous ces maux. Mais la « superpuissance » a d’indéniables responsabilités. La guerre en Irak a exacerbé frustrations et colères dans les pays musulmans et a fourni un formidable prétexte aux terroristes. Le fonctionnement du capitalisme américain (endettement colossal et déflation salariale) a précipité l’économie mondiale dans la crise.

Si Obama suscite tant d’espoirs et d’intérêt, ce n’est pas seulement parce qu’il est noir, jeune et démocrate. C’est aussi parce qu’il a promis de « changer l’Amérique » et de restaurer son image dans le monde. C’est ambitieux. Reste que tout (son histoire personnelle, son choix partisan, sa campagne, ses écrits, ses engagements antérieurs) laisse à croire que sa présidence marquera une rupture profonde avec la politique de Bush. Cela serait déjà pas si mal.

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15 octobre 2008

ceinture!

Les socialistes seraient-ils des traîtres à la patrie ? En refusant de soutenir le « plan de sauvetage » de l’économie concoctée rapido par Sarkozy, le principal parti de l’opposition s’est attiré les foudres des caciques de l’UMP et de nombre de commentateurs. Refuser de faire bloc quand la planète finance vacille, quelle faute de goût ! Ne pas signer les yeux fermés un programme coordonné avec les principaux dirigeants européens, quel scandale ! Et Copé de railler le « politburo » (en voilà un qui connaît bien mal le PS !) sectaire et irresponsable, plus préoccupé par la préparation de son congrès que par le sort de ses compatriotes. Cette présentation manichéenne risque de faire long feu. Car les Français, eux, sentent confusément qu’il y a hic quelque part.

 

Depuis des mois, la droite nous explique doctement qu’il n’y a plus d’argent dans les caisses. En moins de 48 heures, on en trouve. L’Etat, quasiment « en faillite » (le mot est de Fillon), redevient, comme par enchantement, ce souverain solide et insubmersible qui garantit et rassure. Vertus de la crise : le gouvernement peine à trouver 1 milliard d’euros pour financer le RSA, il en dégaine 360 (même si, pour une bonne part, il ne s’agit que d’une garantie-jusqu’à quand ?) pour aider les établissement de crédit. Les dirigeants européens, obstinément réticents à débourser le moindre centime quand il s’agit d’aider l’emploi ou l’investissement, engagent 1700 milliards pour rassurer les places financières.

 

Résumons. Il fallait que les salariés se serrent la ceinture, on déboutonne généreusement le pantalon pour les banquiers. Il faut châtier les coupables, mais pas avant de les avoir aidés !  C’est en partie cela qui a motivé le vote de la gauche au Parlement. Car le mégaplan Sarkozy oublie un détail : les Français. Nos concitoyens redoutent, à juste titre, les répercussions de la crise sur l’ « économie réelle ». Or rien n’est fait pour amortir le choc. Pouvoir d’achat, emploi, soutien à la consommation et à l’investissement : c’est dans ces domaines qu’il faut aujourd’hui envisager une politique de relance. Le gouvernement s’apprête à faire le contraire, en coupant notamment dans les dépenses publiques. Au risque de précipiter un peu plus le pays dans la récession.

 

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01 octobre 2008

Unité nationale?

Le système prend l’eau de toutes parts, les financiers paniquent, les contribuables et les salariés s’inquiètent, les gouvernants tentent de rassurer l’opinion. Ministres et banquiers se succèdent sur le perron de l’Elysée pour expliquer que le « système bancaire est très solide » et que la France serait, sinon à l’abri, du moins relativement épargnée. A l’évidence, cette insistance est suspecte. Surtout quand elle s’accompagne de déclarations du premier ministre qui n’est pas loin de ne promettre que du sang et des larmes.

Le président de la République, lui, en appelle à l’unité nationale. Parce que l’heure est grave. Parce que la crise est à nos portes. Parce qu’il en va de la France. La ficelle est un peu grosse, mais il paraît que certains gogos mordent à l’hameçon. Il faudrait faire chez nous ce que les américains tentent de faire chez eux (avec le succès que l’on sait !). Une sorte de gentleman agreement au nom de l’intérêt général.

L’unité nationale pour quoi faire ? Sarkozy se garde bien de l’expliquer. Pourquoi l’opposition ferait-elle la courte échelle à un pouvoir qui n’assume pas ses responsabilités ? Pourquoi la gauche accepterait la main tendue d’une équipe qui, non contente d’avoir pendant des années encouragé le développement d’un système économique insensé, mène, depuis un an, une politique qui ajoute la crise à la crise ?

Il ne faut pas cesser de le rappeler : au nom de l’idéologie libérale, Sarkozy et les siens ont multiplié, depuis un an, les mesures anti sociales. Paquet fiscal au profit des plus aisés, encouragement à la flexibilité du travail, allongement du temps de travail, attaques contre le système de retraites, démantèlement du code du travail, privatisations.

Et le pire est à venir : coupes sombres dans le budget de l’Etat, déremboursement des médicaments, hausse des taxes, suppressions de postes. Autant de réformes qui n’aboutissent qu’à un seul résultat : fragiliser les plus modestes, précariser la majorité du salariat. On ne saurait faire l’unité autour de cette politique et de l’homme qui a porte.

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09 septembre 2008

Modem or not modem?

Qui reprochera à François Bayrou de tenter sa chance ? Alors que la politique de Sarkozy fait des ravages, la gauche, et singulièrement le PS, peine à incarner une opposition crédible. Obsédés par l’élection présidentielle, les leaders socialistes susceptibles d’y concourir se sont jetés à corps perdu dans la préparation du congrès de Reims. Comme souvent hélas, les questions de fond sont passées à l’arrière plan. Le stylo est délaissé au profit de la calculette, les mécaniciens en chef élaborent des cartels improbables, les alliances se font et se défont en l’espace d’une journée. La presse s’en délecte tout en faisant mine de s’en désoler.

Dans ce contexte réjouissant, le leader du MODEM, pourtant considérablement affaibli depuis la présidentielle de 2007, se sent pousser des ailes. Non content de cogner à bras raccourcis sur Sarkozy, Bayrou invite les socialistes raisonnables (ceux qu’il estiment comme tel en tout cas) à un « large rassemblement » électoral. Les principaux intéressés ne sont pas, pour l’instant, tombés dans le piège. Seuls certains proches de Ségolène Royal proposent de remettre à l’ordre du jour le flirt esquissé entre les deux tours de l’élection présidentielle.

Pourtant, la question de l’alliance au centre est loin d’être tranchée. A l’occasion des municipales de mars dernier, de nombreux élus ont franchi le cap. Liste commune avec le MODEM dès le premier tour, fusion entre les deux tours, configurations en tout genre (avec le PCF, sans le PCF, sans les Verts, etc…) : faute d’avoir collectivement élaboré une position sur le sujet, les règles du « chacun pour soi sur mon micro territoire » et du « cas par cas » l’ont emporté, comme au bon vieux temps de la SFIO.

Peut-on en rester là ? Evidemment non. Il est inconcevable qu’un parti de gouvernement comme le PS s’exonère d’une réflexion approfondie sur les questions stratégiques. Certes, de bons esprits tentent de ménager la chèvre et le chou : au niveau local, tout est permis, au niveau national, l’union de la gauche reste le sésame pour la victoire. Bayrou, qu’on a tort de sous estimer, a compris que l’hypocrisie avait des limites. En lançant son invitation à la veille du début du congrès de Reims, le chef du MODEM veut semer le trouble dans les rangs socialistes. Et faire sortir du bois ceux qui militent pour l’avènement d’un centre gauche moderne, les promoteurs du mariage entre social démocratie et démocratie chrétienne. Le vieux rêve de Jacques Delors est de nouveau à l’ordre du jour. Les rédactions vont adorer. En ce qui concerne les électeurs, on demande à voir.

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03 août 2008

Exhibitions

La République a un nouvel hymne officiel. Tiédasse et culcul mais terriblement tendance. Chaque ministre a reçu, pour les vacances, le CD de la « première dame » dédicacé. Les plus courtisans l’ont fièrement exhibé dans la cour de l’Elysée. Un membre du gouvernement, sans honte, a même encouragé les Français à « acheter l’album » ! Cette opération de promotion gratuite à la sortie d’un conseil des ministres a suscité peu de commentaires. Comme si le mélange des genres à la sauce Sarkozy, tout en indécence et en vulgarité, ne scandalisait plus grand monde.

Il y aurait pourtant de quoi hurler. Le problème n’est pas que le chef de l’Etat vive une intense histoire d’amour avec un ancien top model, issue d’une très ancienne (et très riche) famille italienne, accessoirement chanteuse du dimanche. Ce qui agace, c’est la mise en scène permanente de cette bluette censée redonner des couleurs à la popularité défaillante du président. Rien ne nous est épargné. Interviews de la Dame dans la plupart des journaux, articles en pagaille (les « confidences intimes » à un rythme effréné), photos exclusives (une exclusivité par semaine !), Carla Bruni, « l’atout cœur » de Sarkozy, est omniprésente. Et en profite, par la même occasion, pour vendre sa camelote.

On nous rétorquera qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Voilà bien longtemps que la vie privée des responsables publics est devenue une arme de communication. Les présidents américains ne se déplacent jamais sans leurs moitiés, et Berlusconi adore qu’on interviewe sa femme sur ses chaînes de télé. Même en France, les « premières dames » ont été utilisées par leurs époux, soit pour soigner leur image, soit pour remonter la pente (on se souvient du rôle joué par la très populaire Bernadette Chirac).

Nul ne peut disconvenir, pourtant, qu’il y a bien, avec Nicolas Sarkozy, un saut qualitatif. C’est l’avènement du baby boomer obsédé par la télé, le pognon, le succès, qui, quand il annonce qu’il va faire une « retraite » de quelques jours, se précipite sur le yacht d’un ami milliardaire. Le fait que sa nouvelle femme appartienne au « show business » (la chanteuse de variété connue, le mannequin international, autant de figures contemporaines de la société du spectacle) est de ce point de vue significatif.

L’exhibition permanente du  couple présidentiel n’est pas seulement là pour faire diversion. Il en dit long sur les fondements idéologiques de la droite décomplexée.

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17 juillet 2008

Cohérence

Tous les gouvernants vous le diront : l’été, c’est la saison idéale pour les mauvais coups. Même les travailleurs ont la tête ailleurs. Le pouvoir en profite pour faire passer, en catimini, un certain nombre de mesures «impopulaires». Dans ce domaine, le gouvernement Fillon se surpasse. Les projets de loi se suivent et se ressemblent. Car en dépit de l’impression de précipitation et de désordre, l’ensemble se tient.

Rogner sur les droits acquis au nom de la compétition mondiale, stigmatiser des catégories sociales entières, dégraisser à tour de bras : contrairement à ce qu’on entend parfois, la droite fait preuve d’une vraie cohérence. Il s’agit bien ici de changer de modèle social.

Un modèle social fondé sur la précarité, comme en témoigne le projet de loi sur le temps de travail qui entérine d’insupportables reculs sociaux. Un modèle dans lequel certaines catégories sociales sont montrées du doigt avec insistance : le textes sur les droits et devoirs des demandeurs d’emploi, celui relatif au service minimum à l’école vise à jeter l’opprobre sur ces gêneurs que sont les chômeurs ou les grévistes dans la fonction publique.

Un modèle social qui organise l’affaiblissement de l’Etat au nom de l’efficacité. La fusion économiquement absurde de GDF avec Suez, prélude à sa privatisation, va dans ce sens.

L’accélération du « dégraissage » des personnels publics obéit à la même logique. Après la réforme de la carte militaire, super plan social qui ne porte pas son nom, le gouvernement annonce des suppressions de postes massives dans la Fonction publique : la règle du non remplacement d'un fonctionnaire partant à la retraite sur deux s'appliquera dès 2009. Sur les 30.600 fonctionnaires non remplacés, l'Education en fournira 13.500, devant la Défense (8.250), l'Intérieur (2.953), le Budget (2.812) et l'Ecologie (1.400). Le tout au nom de la lutte contre les déficits que le gouvernement a pourtant largement contribué à creuser en 2007, avec notamment l’ahurissant paquet fiscal.

Bref, pendant les vacances, la droite continue son travail de sape.


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04 juillet 2008

ça va mal finir

« Ca va mal finir » : c’est le titre que François Léotard, ancien chantre de la droite libérale française, avait choisi pour expliquer tout le mal que lui inspirait la présidence Sarkozy.  Comme le personnage ne nous est pas franchement sympathique, on avait mis ce mouvement d’humeur sur le compte de l’amertume. Mais force est de constater aujourd’hui que le pronostic de notre Cassandre de Fréjus sonne assez juste au regard de l’actualité récente.

 

Le chef de l’Etat avait prévenu qu’il avait été élu pour « s’occuper de tout ». Il a tenu parole ! Et avec quels résultats ! Un jour, il menace des irlandais réticents à l’égard de son traité simplifié d’une riposte franco-allemande : le « non » l’emporte. Aussitôt, le président s’envole en République tchèque pour convaincre nos amis de l’Est de poursuivre la ratification.  Prague hésite, et la Pologne lui emboîte le pas. Les plus indulgents diront qu’il joue de malchance. Les plus lucides diront qu’il fait tout pour aggraver son cas.

 

Car il n’y a pas qu’en politique extérieure que le président multiplie les faux pas. Le dernier  en date est sérieux. Suite à la tragique fusillade de Carcassonne, le chef des armées avait le devoir de garder son sang froid. Au lieu de cela, Sarkozy, comme toujours, dégaine plus vite que son ombre. Le voilà qui exige des sanctions immédiates, jetant l’opprobre sur tous les militaires, les traitant d’incapables, sans même attendre les résultats de l’enquête en cours.

 

L’armée n’est pas à la fête : la récente publication du livre blanc sur la Défense, qui prévoit plus de 55.000 suppressions d’emplois et la fermeture de garnisons par dizaine, a fait grincer les dents dans les rangs de la Grande Muette (un collectif anonyme a même fait paraître un texte !). Suite au coup de menton présidentiel, le chef d’état major de l’armée de terre a démissionné. Au moment où la France proclame qu’un des objectifs prioritaires de sa présidence de l’Union, c’est la défense, cela fait désordre !

 

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18 juin 2008

aveuglement

Les gouvernants ont beau vanter les mérites de l' « Europe qui protège », les gouvernés persistent à craindre « l'Europe qui menace ». Le « non » irlandais, net et sans bavure, en témoigne. Les  analystes déçus voire « effondrés »vont multiplier les décodages savants. Quitte à tordre un peu la réalité.

Bien sûr, le « non » irlandais est hétérogène. Bien sûr, il y a, dans le front du refus, une indéniable composante nationaliste et une autre libérale. Bien sûr, le « non » irlandais n'est pas le « non » français. Pourtant, il y a une réalité commune, tangible : celle de la dimension sociologique. Les classes populaires ont voté massivement contre le traité de Lisbonne. Et c'est en cela que la gauche, qui prétend les représenter, est concernée au premier chef par ce vote.

Ce ne sont évidemment pas les questions institutionnelles qui mobilisent les électeurs contre les textes qui leur sont soumis (quand ils le sont), ce sont les politiques européennes. Or celles ci (on l'évoquait dans ces colonnes la semaine passée) contribuent à fragiliser voire à précariser les populations les plus vulnérables face à la mondialisation libérale. Sans réorientation profonde de la construction européenne, les peuples continueront à se détourner de l'Union.

Une partie des élites dirigeantes persistent à ignorer ces évidences. Le mépris affiché par certains responsables pour ce qu'ils considèrent comme un « mouvement d'humeur » injustifié venant d'un « petit peuple », « qui a pourtant beaucoup profité des subventions communautaires », en dit long sur l'état d'esprit de ces gens là.

Dès lors, rien d'étonnant à ce que la ratification (par voie parlementaire) poursuive son cours. L'Irlande est, implicitement ou explicitement, invitée à revoter. Voire à dégager! Cet aveuglement n'est pas nouveau. Plutôt que de s'interroger sur les raisons de la crise, les dirigeants de l'Union sont tentés, une fois de plus, par le passage en force et la fuite en avant. Quitte à tuer, définitivement, la belle idée européenne.

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11 avril 2008

Tartuferie

Des sportifs navrés, des officiels dans leur petits souliers, des délégués chinois qui hurlent au racisme, une flamme escortée, éteinte, protégée dans un bus : la tragi comédie ne fait que commencer. Et les gouvernants auront beau mobiliser par dizaines des bataillons de policiers et d'agents de sécurité, le trajet du « symbole de l'olympisme » continuera d'être semé d'embûches. Pour une raison simple : il n'est pas possible de déconnecter le sport et la politique. Ceux  qui  pleurnichent aujourd'hui parce que « la fête est gâchée » sont des indécrottables naïfs... ou des cyniques.

Le plus effarant dans cette affaire, c'est la tartuferie généralisée.

Hypocrite, la clique du CIO, qui a depuis longtemps bradé le sport au business et aux sponsors. Et ses représentants en appellent aujourd'hui au respect des « valeurs de l'olympisme », qu'ils ne cessent de piétiner! les JO, c'est avant tout une affaire de gros sous. C'est d'ailleurs ce qui a motivé le choix de la Chine : un marché potentiel de 1,4 milliards clients, ça ne se refuse pas. Le reste ne compte pas. C'est d'ailleurs pourquoi la CIO ne proteste pas contre la fabrication de vêtements et d'objets estampillés « Jeux Olympiques 2008 » dans des usines qui violent gravement les droits de l’homme au travail.

Hypocrite aussi, les responsables du sport français, qui pensaient s'en tirer à bon compte en arborant un badge « pour un monde meilleur », censé ne fâcher personne. Résultat : les chinois ont menacé les athlètes, et les manifestant ont brocardé les pleutres.

Hypocrites et inconséquents, les responsables politiques qui commencent toutes leurs phrases par « bien sûr, il ne s'agit pas de boycotter les jeux » et qui semblent découvrir, après coup, que le choix de Pékin n'était pas forcément opportun. Le régime chinois combine le pire du capitalisme et le pire du communisme : qui prétendra le découvrir aujourd'hui? Et qui pense une seconde que l'organisation des jeux est susceptible d'infléchir la politique intérieure chinoise?

Alors, c'est vrai, il y aurait beaucoup à dire sur les mots d'ordre des manifestants ou sur les intentions des meneurs de certaines initiatives. La focalisation sur la seule question du Tibet, par exemple, pose problème : le gouvernement chinois ne se contente pas de réprimer à Lhassa. Il fait tirer sur les foules de paysans ou d'ouvriers qui protestent régulièrement, dans l'indifférence générale. Il  menace les travailleurs souhaitant créer des syndicats indépendants. Il emprisonne à tour de bras. Si mobilisation pour les droits de l'homme en Chine il doit y avoir, autant qu'elle ne soit pas sélective!

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