17 juillet 2008
cohérence
Tous les gouvernants vous le diront : l’été, c’est la saison idéale pour les mauvais coups. Même les travailleurs ont la tête ailleurs. Le pouvoir en profite pour faire passer, en catimini, un certain nombre de mesures « impopulaires ». Dans ce domaine, le gouvernement Fillon se surpasse. Les projets de loi se suivent et se ressemblent. Car en dépit de l’impression de précipitation et de désordre, l’ensemble se tient.
Rogner sur les droits acquis au nom de la compétition mondiale, stigmatiser des catégories sociales entières, dégraisser à tour de bras : contrairement à ce qu’on entend parfois, la droite fait preuve d’une vraie cohérence. Il s’agit bien ici de changer de modèle social.
Un modèle social fondé sur la précarité, comme en témoigne le projet de loi sur le temps de travail qui entérine d’insupportables reculs sociaux. Un modèle dans lequel certaines catégories sociales sont montrées du doigt avec insistance : le textes sur les droits et devoirs des demandeurs d’emploi, celui relatif au service minimum à l’école vise à jeter l’opprobre sur ces gêneurs que sont les chômeurs ou les grévistes dans la fonction publique.
Un modèle social qui organise l’affaiblissement de l’Etat au nom de l’efficacité. La fusion économiquement absurde de GDF avec Suez, prélude à sa privatisation, va dans ce sens.
L’accélération du « dégraissage » des personnels publics obéit à la même logique. Après la réforme de la carte militaire, super plan social qui ne porte pas son nom, le gouvernement annonce des suppressions de postes massives dans la Fonction publique : la règle du non remplacement d'un fonctionnaire partant à la retraite sur deux s'appliquera dès 2009. Sur les 30.600 fonctionnaires non remplacés, l'Education en fournira 13.500, devant la Défense (8.250), l'Intérieur (2.953), le Budget (2.812) et l'Ecologie (1.400). Le tout au nom de la lutte contre les déficits que le gouvernement a pourtant largement contribué à creuser en 2007, avec notamment l’ahurissant paquet fiscal.
Bref, pendant les vacances, la droite continue son travail de sape.
04 juillet 2008
Changer!
Le congrès du PS a commencé. Avec Marie-Noëlle Lienemann, Jean Mallot, Paul Quilès, Anne Ferreira, et bien d'autres, je suis signataire de la contribution générale « Changer » (www.changerlavie.eu)
« Changer », parce qu’il y a urgence à proposer une alternative à gauche. Face aux crises qui se succèdent et s’amplifient, l’heure n’est plus aux remèdes homéopathiques. Partout s’exprime une exigence de profonds changements.
« Changer », c’est organiser une opposition efficace et déterminée à la politique de Nicolas Sarkozy. C’est engager une profonde réorientation des politiques européennes. C’est mener l’offensive idéologique contre les thèses de la droite et des libéraux en affirmant l’actualité des valeurs de gauche.
« Changer », c’est refuser la confusion stratégique et l’alliance au centre. C’est engager dès à présent une nouvelle étape de l’unité de la gauche. C’est un préalable à tout sursaut, à toute rénovation, à toute reconstruction, à toute reconquête.
Voilà pourquoi nous proposons :
Un cap stratégique pour gagner : l’unité de la gauche et la perspective d’un grand parti de la gauche, qui fédère et dépasse les organisations existantes.
Une analyse des nouveaux bouleversements mondiaux qui appellent des réponses claires pour sortir du libre échange généralisé et pour relever le défi de l’urgence écologique.
Une nouvelle politique économique et sociale, fondée sur la redistribution des richesses et la relance de l’intervention publique. La question sociale doit redevenir une priorité pour les socialistes.
Une nouvelle organisation et des nouvelles pratiques militantes, pour rénover le PS et la gauche dans un même mouvement.
Cette contribution propose au Parti Socialiste de renouer avec son électorat populaire et l’ensemble de la gauche sociale, intellectuelle et associative. Elle vise, dans un moment de grande confusion idéologique, à proposer des orientations claires, des choix ambitieux et une stratégie pour toute la gauche
ça va mal finir
« Ca va mal finir » : c’est le titre que François Léotard, ancien chantre de la droite libérale française, avait choisi pour expliquer tout le mal que lui inspirait la présidence Sarkozy. Comme le personnage ne nous est pas franchement sympathique, on avait mis ce mouvement d’humeur sur le compte de l’amertume. Mais force est de constater aujourd’hui que le pronostic de notre Cassandre de Fréjus sonne assez juste au regard de l’actualité récente.
Le chef de l’Etat avait prévenu qu’il avait été élu pour « s’occuper de tout ». Il a tenu parole ! Et avec quels résultats ! Un jour, il menace des irlandais réticents à l’égard de son traité simplifié d’une riposte franco-allemande : le « non » l’emporte. Aussitôt, le président s’envole en République tchèque pour convaincre nos amis de l’Est de poursuivre la ratification. Prague hésite, et la Pologne lui emboîte le pas. Les plus indulgents diront qu’il joue de malchance. Les plus lucides diront qu’il fait tout pour aggraver son cas.
Car il n’y a pas qu’en politique extérieure que le président multiplie les faux pas. Le dernier en date est sérieux. Suite à la tragique fusillade de Carcassonne, le chef des armées avait le devoir de garder son sang froid. Au lieu de cela, Sarkozy, comme toujours, dégaine plus vite que son ombre. Le voilà qui exige des sanctions immédiates, jetant l’opprobre sur tous les militaires, les traitant d’incapables, sans même attendre les résultats de l’enquête en cours.
L’armée n’est pas à la fête : la récente publication du livre blanc sur la Défense, qui prévoit plus de 55.000 suppressions d’emplois et la fermeture de garnisons par dizaine, a fait grincer les dents dans les rangs de la Grande Muette (un collectif anonyme a même fait paraître un texte !). Suite au coup de menton présidentiel, le chef d’état major de l’armée de terre a démissionné. Au moment où la France proclame qu’un des objectifs prioritaires de sa présidence de l’Union, c’est la défense, cela fait désordre !
18 juin 2008
aveuglement
Les gouvernants ont beau vanter les mérites de l' « Europe qui protège », les gouvernés persistent à craindre « l'Europe qui menace ». Le « non » irlandais, net et sans bavure, en témoigne. Les analystes déçus voire « effondrés »vont multiplier les décodages savants. Quitte à tordre un peu la réalité.
Bien sûr, le « non » irlandais est hétérogène. Bien sûr, il y a, dans le front du refus, une indéniable composante nationaliste et une autre libérale. Bien sûr, le « non » irlandais n'est pas le « non » français. Pourtant, il y a une réalité commune, tangible : celle de la dimension sociologique. Les classes populaires ont voté massivement contre le traité de Lisbonne. Et c'est en cela que la gauche, qui prétend les représenter, est concernée au premier chef par ce vote.
Ce ne sont évidemment
pas les questions institutionnelles qui mobilisent les électeurs
contre les textes qui leur sont soumis (quand ils le sont), ce sont
les politiques européennes. Or celles ci (on l'évoquait
dans ces colonnes la semaine passée) contribuent à
fragiliser voire à précariser les populations les plus
vulnérables face à la mondialisation libérale.
Sans réorientation profonde de la construction européenne,
les peuples continueront à se détourner de l'Union.
Une partie des élites dirigeantes persistent à ignorer ces évidences. Le mépris affiché par certains responsables pour ce qu'ils considèrent comme un « mouvement d'humeur » injustifié venant d'un « petit peuple », « qui a pourtant beaucoup profité des subventions communautaires », en dit long sur l'état d'esprit de ces gens là.
Dès lors, rien d'étonnant à ce que la ratification (par voie parlementaire) poursuive son cours. L'Irlande est, implicitement ou explicitement, invitée à revoter. Voire à dégager! Cet aveuglement n'est pas nouveau. Plutôt que de s'interroger sur les raisons de la crise, les dirigeants de l'Union sont tentés, une fois de plus, par le passage en force et la fuite en avant. Quitte à tuer, définitivement, la belle idée européenne.
04 juin 2008
sans foi ni loi
Il fut un temps où la droite fustigeait l'inflation législative. Depuis l'arrivée de Sarkozy au pouvoir, la saturation est proche. Le président dégaine les projets de loi à une cadence vertigineuse. Un moment d'inattention et hop, vous êtes largués. C'est peut-être d'ailleurs l'objectif : multiplier les textes pour user et tromper la vigilance des parlementaires. Ouvrir des fronts dans tous les domaines. Enfoncer des coins.
Pour participer à cette entreprise, Xavier Bertrand est le gars idéal. Ce type n'a pas son pareil pour dire des horreurs avec un sourire mielleux. Tout son savoir faire de vendeur obséquieux est mis au service de la régression sociale. Le dernier exemple en date, c'est l'avant projet de loi sur la démocratie sociale.
Au départ, il y a un accord signé entre le patronat et les deux principales centrales syndicales (CFDT et CGT). En faisant reposer la représentativité des syndicats sur leur audience aux élections professionnelles d’entreprise, ce texte apporte un début de réponse à une revendication ancienne des syndicats (et, accessoirement, de la gauche) : fonder la validation des accords collectifs sur la signature de syndicats représentant une majorité de salariés. Il constitue une avancée pour la reconnaissance effective de la négociation collective comme un droit des salariés exercé par les syndicats.
Le gouvernement, par l'entremise de Bertrand,
entreprend de transposer cet accord sur la représentativité
dans une loi. Le projet de texte est remis aux organisations fin mai.
Et là, stupeur! Bertrand et ses amis en ont profité
pour glisser dans le textes des dispositions visant à
dérèglementer l'organisation du temps de travail, et de
supprimer des dispositions protectrices de salariés (certaines
datant de 1936!!!).
Près de 70 articles du code du travail se trouveraient ainsi supprimés ou modifiés ! Ainsi, l'extension du forfait jours ou du forfait heures à tous les salariés qui pourraient ainsi travailler 13 heures par jour ou 48 heures par semaine. Ainsi, cette « 'innovation » spectaculaire consistant à remettre en cause purement et simplement le repos compensateur!
On imagine aisément la fureur des grandes centrales syndicales. Bernées par le pouvoir qui se moque de la démocratie sociale, elles sont également contestées par les syndicats qui avaient refusé de signer l'accord (FO, UNSA). D'où l'appel à la mobilisation contre une droite qui prétend promouvoir la concertation alors qu'elle ne fait qu'organiser la contestation. D'où la manifestation du 17 juin. Nous en serons.
21 mai 2008
diversion
Un an après son élection, Sarkozy est à la peine. Déroute aux élections locales, image dégradée, sondages catastrophiques, couacs gouvernementaux à répétitions, tensions dans son propre camp : à moins de deux mois de la présidence française de l'Union européenne (censée redorer son blason), le président de la république est considérablement affaibli.
Pour restaurer son autorité défaillante, Sarkozy tente le tout pour le tout. Il choisit de passer à la vitesse supérieure et de redoubler en brutalité. D'où les offensives sur le temps de travail, les retraites, l'éducation. A chaque fois, c'est la même stratégie, riche en provocations (voir les récentes déclarations de Devedjan sur la durée légale), obéissant au même objectif : dresser les Français les uns contre les autres. La droite raffole en effet de ce procédé : travailleurs contre chômeurs, salariés du privé contre fonctionnaires, parents contre profs, il faut diviser pour imposer ses vues, agir au nom des uns (qui n'ont parfois rien demandé) pour casser les revendications des autres.
De ce point de vue, la réaction de l'exécutif au mouvement social des enseignants est exemplaire. Plutôt que de faire semblant de répondre à leurs légitimes inquiétudes (refonte des programmes sans concertation et coupes massives dans le budget de l'éducation nationale avec plus de 10.000 postes supprimés), le gouvernement en appelle à la résistance des familles contre ces salauds de grévistes.
D'où l'opération de la semaine passée, au cours de laquelle les communes ont été sommées de mettre en place un service d'accueil des enfants les jours de grève. Les commentateurs, traquant avec gourmandise la moindre déclaration de parents évidemment gênés par le mouvement, ont passé sous le silence l'énormité de la manoeuvre consistant à demander aux fonctionnaires territoriaux de briser la grève des fonctionnaires d'État! la droite ne recule devant rien! Et persiste, en annonçant, à l'instar de ce qu'elle fit dans le domaine des transports (avec un succès très mitigé), le dépôt d'une loi sur le « service minimum de l'éducation ».
Cette diversion marchera peut être un temps. Pas au delà de la prochaine rentrée scolaire, en tout cas, au cours de laquelle les « usagers » du service public de l'éducation nationale mesureront les conséquences concrètes des réformes de Xavier Darcos
14 mai 2008
tintin le rouge
Les puissants aiment que les choses soient en ordre. Rien de pire que les incertitudes. Les grands amateurs de la précarité pour le monde du travail détestent par dessus tout la précarité de la vie politique. Ils veulent du solide : un paysage d'une grande fixité, sans risque d'éclatement des frontières. D'où ce rêve longtemps caressé : une gauche durablement coupée en deux. Une fraction non négligeable vouée à la seule contestation, une majorité destinée à la gestion.
Longtemps, la césure entre le PCF et les socialistes a permis la domination de la droite. La stratégie d'union de la gauche, combattu avec une violence inouïe par les « modernes » autoproclamés de l'époque, a fait turbuler le système. Mais celui-ci a des ressources. En témoigne l'instrumentalisation actuelle du très médiatique Olivier Besancenot et de son projet de parti anticapitaliste. N'importe quel socialiste avancerait le quart des propositions (plutôt modérées) du leader de la LCR, il serait immédiatement voué aux gémonies, qualifié d'archaïque, de sectaire, de ringard. Ici, rien de tout cela. Besancenot est jeune (ah, folle jeunesse), frais, neuf, gentil. Ses intentions sont pures, ses coups de gueule salutaires.
Le point d'orgue de cette campagne (autant utiliser le bon mot), ce fut évidemment cette après midi chez Drucker. Cela nous a valu quelques moments de franche rigolade : l'animateur du dimanche consulte frénétiquement ses fiches pour y vérifier le niveau du SMIC (surtout, éviter de rajouter un zéro!), il s'attendrit devant ces petites gens, pour une fois présentes sur son plateau, qui le regardent peut être chaque semaine mais qu'il croise rarement. Besancenot est un « surdoué », c'est Drucker qui le dit (un avis d'expert). Mais surtout, Besancenot est sympathique. Et pour cause : il ne veut pas gouverner.
Pour les faiseurs d'opinion et les gardiens du temple bourgeois, c'est sa principale qualité. Gageons que si, par miracle, il affirmait sa volonté de travailler avec toute la gauche pour parvenir aux responsabilités et essayer de transformer la société, il se ferait copieusement insulter. Mais, malin, Tintin le rouge a donné des gages : il hait les socialos et attend sagement la révolution. Tout le monde peut dormir tranquille. D'une pierre deux coups : l'union des gauches étant impossible, le PS se voit sommer par le club des éditorialistes d'aller chercher des alliés ailleurs. La modernité est au centre. La radicalité n'est acceptable que maniée par ceux qui jurent de ne jamais s'en servir.
Ultime coup de pouce : le pouvoir s'apprête à modifier les modes de scrutin, notamment pour les prochaines régionales : la proportionnelle à un tour, c'est bon pour la dispersion de la gauche.
26 avril 2008
petite musique
Les socialistes sont appelés à adopter une nouvelle « déclaration de principes », et déjà, les gazettes, pourtant peu férues de doctrines, en font des gorges chaudes. Tous les poncifs journalistiques fleurissent : « enfin, le PS fait son Bad Godesberg », « encore un effort, camarades, pour être vraiment des sociaux démocrates comme vos glorieux amis des autres pays européens », etc...
C'est une leçon pour nous tous : ce qui compte, plus que les textes eux mêmes, c'est l'interprétation des textes. Les commentateurs autorisés ont composé une petite musique, avec la complicité de quelques dirigeants : elle trottera dans la tête de celles et ceux qui ne liront peut-être jamais ladite déclaration mais seront rassurés (ou affligés) d'apprendre que les socialistes « sont réconciliés avec l'économie de marché », qu'ils se sont « convertis à la réforme »!
Et tant pis si ce texte de compromis, sans saveur et sans souffle, est beaucoup plus ambigu qu'il n'y paraît (n'appelle-t-il pas à une « transformation sociale radicale », ce qui, au regard de l'expérience de la gauche au pouvoir, serait déjà pas mal?). Ce qui compte, c'est que, à la faveur de quelques papiers, les désirs des fanatiques du renoncement deviennent réalité.
11 avril 2008
tartuferie
Des sportifs navrés, des officiels dans leur petits souliers, des délégués chinois qui hurlent au racisme, une flamme escortée, éteinte, protégée dans un bus : la tragi comédie ne fait que commencer. Et les gouvernants auront beau mobiliser par dizaines des bataillons de policiers et d'agents de sécurité, le trajet du « symbole de l'olympisme » continuera d'être semé d'embûches. Pour une raison simple : il n'est pas possible de déconnecter le sport et la politique. Ceux qui pleurnichent aujourd'hui parce que « la fête est gâchée » sont des indécrottables naïfs... ou des cyniques.
Le plus effarant dans cette affaire, c'est la tartuferie généralisée.
Hypocrite, la clique du CIO, qui a depuis longtemps bradé le sport au business et aux sponsors. Et ses représentants en appellent aujourd'hui au respect des « valeurs de l'olympisme », qu'ils ne cessent de piétiner! les JO, c'est avant tout une affaire de gros sous. C'est d'ailleurs ce qui a motivé le choix de la Chine : un marché potentiel de 1,4 milliards clients, ça ne se refuse pas. Le reste ne compte pas. C'est d'ailleurs pourquoi la CIO ne proteste pas contre la fabrication de vêtements et d'objets estampillés « Jeux Olympiques 2008 » dans des usines qui violent gravement les droits de l’homme au travail.
Hypocrite aussi, les responsables du sport français, qui pensaient s'en tirer à bon compte en arborant un badge « pour un monde meilleur », censé ne fâcher personne. Résultat : les chinois ont menacé les athlètes, et les manifestant ont brocardé les pleutres.
Hypocrites et
inconséquents, les responsables politiques qui commencent
toutes leurs phrases par « bien sûr, il ne s'agit
pas de boycotter les jeux » et qui semblent découvrir,
après coup, que le choix de Pékin n'était pas
forcément opportun. Le régime chinois combine le pire
du capitalisme et le pire du communisme : qui prétendra le
découvrir aujourd'hui? Et qui pense une seconde que
l'organisation des jeux est susceptible d'infléchir la
politique intérieure chinoise?
Alors, c'est vrai, il y aurait beaucoup à dire sur les mots d'ordre des manifestants ou sur les intentions des meneurs de certaines initiatives. La focalisation sur la seule question du Tibet, par exemple, pose problème : le gouvernement chinois ne se contente pas de réprimer à Lhassa. Il fait tirer sur les foules de paysans ou d'ouvriers qui protestent régulièrement, dans l'indifférence générale. Il menace les travailleurs souhaitant créer des syndicats indépendants. Il emprisonne à tour de bras. Si mobilisation pour les droits de l'homme en Chine il doit y avoir, autant qu'elle ne soit pas sélective!
27 mars 2008
good morning kaboul
Les élections municipales et cantonales ont occulté, pendant quelques semaines, des sujets d'une importance capitale. La crise financière, par exemple, d'une ampleur inédite, a, jusqu'à aujourd'hui, fait l'objet d'un traitement trop timide. En matière de politique étrangère, si les yeux des commentateurs sont rivés, à juste titre, sur le Tibet, et, dans une moindre mesure, sur le déplacement du couple présidentiel en Grande Bretagne, les récentes rumeurs, alimentées par le Canard enchaîné et plus récemment par le Times sur un renforcement des troupes françaises en Afghanistan n'ont pas fait l'objet d'une immense publicité. Bernard Kouchner a pourtant lui-même confirmé l'information.
Il s'agit là d'une affaire cruciale. Pendant la campagne présidentielle, le candidat de l'UMP avait déclaré que la présence des troupes françaises dans cette partie du monde n'était pas « décisive », encore moins éternelle. Il semblerait que le chef de l'État s'apprête à tourner casaque. Sarkozy serait en effet décidé à envoyer près de 1000 soldats supplémentaires dans l'Est de l'Afghanistan. La primeur de cette annonce serait réservée au prochain sommet de l'OTAN début avril.
Ce n'est un secret pour personne : Sarkozy a fait du « réchauffement » des relations diplomatiques avec les États Unis la pierre angulaire de sa politique étrangère. Il a multiplié les signes amicaux en direction de l'administration Bush, et accumulé les déclarations sur la nécessaire « rénovation » de l'alliance Atlantique. En septembre 2007, le président français se disait même prêt à rejoindre la structure de commandement militaire de l’OTAN (la France n'y participe plus depuis la décision de Gaulle en 1966).
L'envoi de troupes en Afghanistan, si il se confirmait, constituerait un nouveau cadeau aux Etats Unis... qui en ont tant besoin aujourd'hui. Embourbés en Irak, les militaires US le sont également chez les afghans. Les talibans, loin d'avoir disparu, reprennent du poil de la bête. Le pays est ravagé, et les promesses de retour rapide à la paix, à la démocratie et à la prospérité, ont fait long feu. Tous les jours, des soldats de la FIAS (force internationale d'assistance à la sécurité, envoyée par l'ONU) sont blessés ou meurent. Dans ce contexte, pourquoi faudrait-il renforcer le contingent français, déjà fort de 2000 hommes? Cette question, de nombreux parlementaires, de l'opposition comme de la majorité, rêveraient de la poser. Cela se fait ailleurs. Pas chez nous : rien n'est prévu par le gouvernement, à quelques jours du sommet de l'OTAN.
Il y aurait pourtant beaucoup à dire. Sept ans après l'invasion de l'Afghanistan, comment expliquer en effet que la pays reste à ce point dangereux? Comment expliquer que la situation humanitaire reste à ce point préoccupante après l'injection de plusieurs milliards de dollars? Comment interpréter le retour en force des talibans, chassés en quelques jours en 2001? Avant de prendre la moindre décision exposant la vie des soldats français, il serait bon de prendre le temps de répondre à ces questions.
