« L’homme de l’année 2008 » n’est pas encore officiellement chef d’Etat. Mais, paré de toutes les vertus, il est attendu comme le sauveur. La ferveur et l’impatience qui marquent l’interrègne américain illustrent, s’il en était besoin, l’incroyable attente suscitée par la présidence de Barack Obama. Dans un monde en crise, traversé de mille conflits, nombre de citoyens veulent croire à cette fiction dangereuse de l’homme providentiel, fût-il américain.

Obama savait que son élection constituerait, en soi, une petite révolution. Mais il n’avait vraisemblablement pas prévu un tel retentissement planétaire. C’est que le contexte dans laquelle elle intervient est particulier. Le système économique prend l’eau de toutes parts, la crise sociale menace, le terrorisme prospère (voir les récents attentats en Inde). Et, à la veille du nouvel an, le conflit israélo-palestinien revient violemment sur le devant de la scène, après une courte trêve au cours de laquelle les protagonistes n’auront fait qu’une seule chose : préparer la guerre.

Il serait évidemment absurde d’accuser les Etat Unis d’être à l’origine de tous ces maux. Mais la « superpuissance » a d’indéniables responsabilités. La guerre en Irak a exacerbé frustrations et colères dans les pays musulmans et a fourni un formidable prétexte aux terroristes. Le fonctionnement du capitalisme américain (endettement colossal et déflation salariale) a précipité l’économie mondiale dans la crise.

Si Obama suscite tant d’espoirs et d’intérêt, ce n’est pas seulement parce qu’il est noir, jeune et démocrate. C’est aussi parce qu’il a promis de « changer l’Amérique » et de restaurer son image dans le monde. C’est ambitieux. Reste que tout (son histoire personnelle, son choix partisan, sa campagne, ses écrits, ses engagements antérieurs) laisse à croire que sa présidence marquera une rupture profonde avec la politique de Bush. Cela serait déjà pas si mal.