le blog d'Emmanuel Maurel

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19 octobre 2008

pas si nul!

Pas si nul !

Un titre, ça trompe énormément. Ceux qui pensent que « le socialisme pour les nuls » est un aimable guide vite lu vite oublié seront surpris par le sérieux et l’exhaustivité du livre écrit à quatre mains par deux auteurs familiers de ces colonnes. On sait ce qui a fait le succès incroyable de la collection des éditions First : rendre accessible des questions parfois compliquées ou très spécialisées via des ouvrages de vulgarisation un brin humoristiques. François Hollande ne démentira pas l’intérêt de ladite collection, lui qui fut surpris un exemplaire de « l’histoire de France pour les nuls » à la main. Pas de raison de se moquer : plusieurs dizaines de milliers de ses compatriotes y redécouvrirent avec intérêt le tumultueux récit national.

Le livre de Bergounioux et Lefebvre répond parfaitement au cahier des charges fixé par les éditeurs : chaque séquence chronologique (cinq en tout, de la « naissance d’une grande idée, 1789-1870 » au « défi du renouveau »-de 1995 à nos jours-) est subdivisée en chapitres clairs, agrémentés d’encarts informatifs, de mini biographies, de citations, qui éclairent un texte très pédagogique.

Des balbutiements des origines au marasme d’aujourd’hui, aucune étape de l’histoire socialiste n’est oubliée : la création de laSFIO en 1905, le grand schisme de 1920, le Front populaire de 1936, le Front républicain de 1956, la fondation du PS en 1971, la victoire de 1981, etc…

Mais les auteurs s’attachent aussi à retracer l’évolution d’une doctrine, façonnée par un siècle de débats mais surtout par la confrontation permanente avec la réalité sociale, via l’exercice du pouvoir. C’est l’un des principaux mérites de cet ouvrage : expliquer clairement et simplement comment se constitue un courant de pensée, traversé par des sensibilités diverses, parfois même antagonistes. Car l’histoire du socialisme n’est pas un long fleuve tranquille : scissions, déchirements, confrontations violentes, l’unité ne s’est pas faite en un jour et reste toujours fragile.

Enfin, le « socialisme pour les nuls » traite beaucoup…des socialistes. Les grands ancêtres (Jaurès, Blum,) les incontournables (Mitterrand, Rocard, Mauroy…), les personnages importants aujourd’hui grossièrement caricaturés (les noms de Mollet ou Guesde, jetés aujourd’hui à des contradicteurs comme une insulte ultime) sont évidemment convoqués mais Bergounioux et Lefebvre laissent une large place à une multitude de figures méconnues ou oubliées, que l’on (re) découvre avec intérêt.

Les deux derniers chapitres de l’ouvrage sont d’ailleurs uniquement consacrés aux personnalités du courant socialiste, classés par « famille » (les dix grandes figures, les dix figures du socialisme municipal, les dix dirigeants d’aujourd’hui, etc..). Une cinquantaine de biographies donc, et des choix qui surprendront…voire agaceront. Même les plus grands fans de  François Rebsamen seront embarrassés en découvrant que celui ci compte désormais parmi les « grandes personnalités socialistes », aux côtés de Savary, Poperen ou Chevènement !!

Passons là-dessus. « Le socialisme pour les nuls »  est un ouvrage utile, agréable à lire, qui passionnera autant les solférinologues pointus que les simples curieux. Un livre qui séduira les amateurs d’histoire et de politique donc, mais qui peut constituer aussi le cadeau de noël idéal pour le cousin sympathisant,  voire le guide de rattrapage à l’usage des ambitieux qui rêvent d’imprimer leur marque dans l’histoire séculaire du socialisme.

Le socialisme pour les nuls

Alain Bergounioux, Denis Lefebvre

Editions First

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15 octobre 2008

ceinture!

Les socialistes seraient-ils des traîtres à la patrie ? En refusant de soutenir le « plan de sauvetage » de l’économie concoctée rapido par Sarkozy, le principal parti de l’opposition s’est attiré les foudres des caciques de l’UMP et de nombre de commentateurs. Refuser de faire bloc quand la planète finance vacille, quelle faute de goût ! Ne pas signer les yeux fermés un programme coordonné avec les principaux dirigeants européens, quel scandale ! Et Copé de railler le « politburo » (en voilà un qui connaît bien mal le PS !) sectaire et irresponsable, plus préoccupé par la préparation de son congrès que par le sort de ses compatriotes. Cette présentation manichéenne risque de faire long feu. Car les Français, eux, sentent confusément qu’il y a hic quelque part.

 

Depuis des mois, la droite nous explique doctement qu’il n’y a plus d’argent dans les caisses. En moins de 48 heures, on en trouve. L’Etat, quasiment « en faillite » (le mot est de Fillon), redevient, comme par enchantement, ce souverain solide et insubmersible qui garantit et rassure. Vertus de la crise : le gouvernement peine à trouver 1 milliard d’euros pour financer le RSA, il en dégaine 360 (même si, pour une bonne part, il ne s’agit que d’une garantie-jusqu’à quand ?) pour aider les établissement de crédit. Les dirigeants européens, obstinément réticents à débourser le moindre centime quand il s’agit d’aider l’emploi ou l’investissement, engagent 1700 milliards pour rassurer les places financières.

 

Résumons. Il fallait que les salariés se serrent la ceinture, on déboutonne généreusement le pantalon pour les banquiers. Il faut châtier les coupables, mais pas avant de les avoir aidés !  C’est en partie cela qui a motivé le vote de la gauche au Parlement. Car le mégaplan Sarkozy oublie un détail : les Français. Nos concitoyens redoutent, à juste titre, les répercussions de la crise sur l’ « économie réelle ». Or rien n’est fait pour amortir le choc. Pouvoir d’achat, emploi, soutien à la consommation et à l’investissement : c’est dans ces domaines qu’il faut aujourd’hui envisager une politique de relance. Le gouvernement s’apprête à faire le contraire, en coupant notamment dans les dépenses publiques. Au risque de précipiter un peu plus le pays dans la récession.

 

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01 octobre 2008

Unité nationale?

Le système prend l’eau de toutes parts, les financiers paniquent, les contribuables et les salariés s’inquiètent, les gouvernants tentent de rassurer l’opinion. Ministres et banquiers se succèdent sur le perron de l’Elysée pour expliquer que le « système bancaire est très solide » et que la France serait, sinon à l’abri, du moins relativement épargnée. A l’évidence, cette insistance est suspecte. Surtout quand elle s’accompagne de déclarations du premier ministre qui n’est pas loin de ne promettre que du sang et des larmes.

Le président de la République, lui, en appelle à l’unité nationale. Parce que l’heure est grave. Parce que la crise est à nos portes. Parce qu’il en va de la France. La ficelle est un peu grosse, mais il paraît que certains gogos mordent à l’hameçon. Il faudrait faire chez nous ce que les américains tentent de faire chez eux (avec le succès que l’on sait !). Une sorte de gentleman agreement au nom de l’intérêt général.

L’unité nationale pour quoi faire ? Sarkozy se garde bien de l’expliquer. Pourquoi l’opposition ferait-elle la courte échelle à un pouvoir qui n’assume pas ses responsabilités ? Pourquoi la gauche accepterait la main tendue d’une équipe qui, non contente d’avoir pendant des années encouragé le développement d’un système économique insensé, mène, depuis un an, une politique qui ajoute la crise à la crise ?

Il ne faut pas cesser de le rappeler : au nom de l’idéologie libérale, Sarkozy et les siens ont multiplié, depuis un an, les mesures anti sociales. Paquet fiscal au profit des plus aisés, encouragement à la flexibilité du travail, allongement du temps de travail, attaques contre le système de retraites, démantèlement du code du travail, privatisations.

Et le pire est à venir : coupes sombres dans le budget de l’Etat, déremboursement des médicaments, hausse des taxes, suppressions de postes. Autant de réformes qui n’aboutissent qu’à un seul résultat : fragiliser les plus modestes, précariser la majorité du salariat. On ne saurait faire l’unité autour de cette politique et de l’homme qui a porte.

Posté par Emmanuel Maurel à 11:52 - Brèves - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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