Les socialistes seraient-ils des traîtres à la patrie ? En refusant de soutenir le « plan de sauvetage » de l’économie concoctée rapido par Sarkozy, le principal parti de l’opposition s’est attiré les foudres des caciques de l’UMP et de nombre de commentateurs. Refuser de faire bloc quand la planète finance vacille, quelle faute de goût ! Ne pas signer les yeux fermés un programme coordonné avec les principaux dirigeants européens, quel scandale ! Et Copé de railler le « politburo » (en voilà un qui connaît bien mal le PS !) sectaire et irresponsable, plus préoccupé par la préparation de son congrès que par le sort de ses compatriotes. Cette présentation manichéenne risque de faire long feu. Car les Français, eux, sentent confusément qu’il y a hic quelque part.

 

Depuis des mois, la droite nous explique doctement qu’il n’y a plus d’argent dans les caisses. En moins de 48 heures, on en trouve. L’Etat, quasiment « en faillite » (le mot est de Fillon), redevient, comme par enchantement, ce souverain solide et insubmersible qui garantit et rassure. Vertus de la crise : le gouvernement peine à trouver 1 milliard d’euros pour financer le RSA, il en dégaine 360 (même si, pour une bonne part, il ne s’agit que d’une garantie-jusqu’à quand ?) pour aider les établissement de crédit. Les dirigeants européens, obstinément réticents à débourser le moindre centime quand il s’agit d’aider l’emploi ou l’investissement, engagent 1700 milliards pour rassurer les places financières.

 

Résumons. Il fallait que les salariés se serrent la ceinture, on déboutonne généreusement le pantalon pour les banquiers. Il faut châtier les coupables, mais pas avant de les avoir aidés !  C’est en partie cela qui a motivé le vote de la gauche au Parlement. Car le mégaplan Sarkozy oublie un détail : les Français. Nos concitoyens redoutent, à juste titre, les répercussions de la crise sur l’ « économie réelle ». Or rien n’est fait pour amortir le choc. Pouvoir d’achat, emploi, soutien à la consommation et à l’investissement : c’est dans ces domaines qu’il faut aujourd’hui envisager une politique de relance. Le gouvernement s’apprête à faire le contraire, en coupant notamment dans les dépenses publiques. Au risque de précipiter un peu plus le pays dans la récession.