Pourquoi bouder notre plaisir ? Un livre agréable à lire, bien écrit, intelligent : voilà qui n’est pas si fréquent. Jean-Louis Gattégno,  l’auteur de Mortel Transfert, revient avec un opus savoureux,  Longtemps je me suis couché de bonne heure, publié en poche (collection Babel/Acte sud).

Le narrateur, Sébastien Ponchelet, est l’archétype du raté. Délinquant de troisième zone, il trouve, à sa sortie de prison, un emploi de manutentionnaire dans une maison d’édition du carrefour de l’Odéon. Il partage vaguement la vie d’une prostituée compatissante, flanquée de deux sauvageons braillards, dans un grand ensemble de banlieue. Bref, une vie pas glorieuse, pas passionnante non plus, ponctuée d’innombrables humiliations au bureau et de rapides et rares étreintes le soir.

Un jour pourtant, la vie de Sebastien change. Il tombe par hasard sur un manuscrit que le grand patron n’envisage d’éditer « qu’à compte d’auteur ». La première phrase, merveilleuse, mystérieuse, ne cesse de hanter notre antihéros, pourtant rétif au plaisir de lire : « longtemps, je me suis couché de bonne heure ». Toute ressemblance avec la Recherche du temps perdu n’est évidemment pas fortuite, et, Proust, s’il n’est jamais cité, est présent à toutes les pages,figure tutélaire du Créateur obsédé par son art, au point d’y fondre sa vie : « cet homme ne marchait pas, il écrivait ! Le monde autour de lui le captivait, il s’y arrêtait, le mettait en phrases. En phrases complexes, onduleuses, qui progressaient selon une trajectoire imprévisible ».

 

Véritable choc esthétique, cette découverte marque le début d’une vie nouvelle, au cours de laquelle Sébastien croise des faussaires de génie, démissionne avec fracas de son boulot, se retrouve avec un revolver dans la main, découvre la grandeur insurpassable de l’art et….rencontre l’amour.

Gattégno a suffisamment de talent pour parler de sujets profonds (la création, la réception de l’œuvre) avec légèreté et élégance. Et l’on recommande chaudement ce récit alerte, qui passe gaiement de l’intrigue policière à l’histoire d’amour, de la critique sociale à l’hommage littéraire.

« Longtemps, je me suis couché de bonne heure »

Jean-Pierre Gattégno, Babel, 7euros.