27 mars 2008
good morning kaboul
Les élections municipales et cantonales ont occulté, pendant quelques semaines, des sujets d'une importance capitale. La crise financière, par exemple, d'une ampleur inédite, a, jusqu'à aujourd'hui, fait l'objet d'un traitement trop timide. En matière de politique étrangère, si les yeux des commentateurs sont rivés, à juste titre, sur le Tibet, et, dans une moindre mesure, sur le déplacement du couple présidentiel en Grande Bretagne, les récentes rumeurs, alimentées par le Canard enchaîné et plus récemment par le Times sur un renforcement des troupes françaises en Afghanistan n'ont pas fait l'objet d'une immense publicité. Bernard Kouchner a pourtant lui-même confirmé l'information.
Il s'agit là d'une affaire cruciale. Pendant la campagne présidentielle, le candidat de l'UMP avait déclaré que la présence des troupes françaises dans cette partie du monde n'était pas « décisive », encore moins éternelle. Il semblerait que le chef de l'État s'apprête à tourner casaque. Sarkozy serait en effet décidé à envoyer près de 1000 soldats supplémentaires dans l'Est de l'Afghanistan. La primeur de cette annonce serait réservée au prochain sommet de l'OTAN début avril.
Ce n'est un secret pour personne : Sarkozy a fait du « réchauffement » des relations diplomatiques avec les États Unis la pierre angulaire de sa politique étrangère. Il a multiplié les signes amicaux en direction de l'administration Bush, et accumulé les déclarations sur la nécessaire « rénovation » de l'alliance Atlantique. En septembre 2007, le président français se disait même prêt à rejoindre la structure de commandement militaire de l’OTAN (la France n'y participe plus depuis la décision de Gaulle en 1966).
L'envoi de troupes en Afghanistan, si il se confirmait, constituerait un nouveau cadeau aux Etats Unis... qui en ont tant besoin aujourd'hui. Embourbés en Irak, les militaires US le sont également chez les afghans. Les talibans, loin d'avoir disparu, reprennent du poil de la bête. Le pays est ravagé, et les promesses de retour rapide à la paix, à la démocratie et à la prospérité, ont fait long feu. Tous les jours, des soldats de la FIAS (force internationale d'assistance à la sécurité, envoyée par l'ONU) sont blessés ou meurent. Dans ce contexte, pourquoi faudrait-il renforcer le contingent français, déjà fort de 2000 hommes? Cette question, de nombreux parlementaires, de l'opposition comme de la majorité, rêveraient de la poser. Cela se fait ailleurs. Pas chez nous : rien n'est prévu par le gouvernement, à quelques jours du sommet de l'OTAN.
Il y aurait pourtant beaucoup à dire. Sept ans après l'invasion de l'Afghanistan, comment expliquer en effet que la pays reste à ce point dangereux? Comment expliquer que la situation humanitaire reste à ce point préoccupante après l'injection de plusieurs milliards de dollars? Comment interpréter le retour en force des talibans, chassés en quelques jours en 2001? Avant de prendre la moindre décision exposant la vie des soldats français, il serait bon de prendre le temps de répondre à ces questions.
19 mars 2008
Après la victoire de la gauche
La poussée est confirmée, et même amplifiée : les élections du 16 mars ont donné une majorité absolue à la gauche, tant aux municipales qu'aux cantonales. 58 villes de plus de 20.000 habitants gagnées sur la droite (contre 10 perdues), une dizaine de départements : la victoire est incontestable et impressionnante. Une majorité de Français habite désormais dans une commune administrée par la gauche. Pour la droite gouvernementale, ce succès est un avertissement sérieux. Même si le résultat de scrutin de dimanche est aussi lié à des contextes locaux, la dimension protestataire du vote est indéniable. C'est à la fois un style de présidence et une orientation politique qui ont été sanctionnés.
Le niveau exceptionnellement élevé de l'abstention est lié à ce phénomène de rejet : si les habitants des quartiers populaires ne se sont pas rendus massivement aux urnes, comme c'est hélas devenu une habitude (à l'exception notable des élections présidentielles de 2007), certaines villes bourgeoises ont aussi pratiqué la grève du vote à l'occasion des municipales (aux cantonales, la participation est plutôt bonne). Sarkozy paie pour la crise du politique qu'il a lui même contribué à entretenir depuis son accession au pouvoir.
Pour la gauche, il ne saurait y avoir d'ivresse de la victoire. Nous avons fait l'expérience amère des lendemains qui déchantent et savons qu'un vote sanction contre la droite lors d'élections intermédiaires ne se transforme pas mécaniquement en vote d'adhésion au niveau national. La séquence 2004-2007 est là pour en témoigner. Sachons en tirer les enseignements
D'abord, en évitant le piège de la confusion. Ceux qui expliquaient que l'alliance avec le centre droit était le sésame pour la victoire sont démentis par les faits. La gauche unie n'a pas besoin du MODEM pour gagner (Paris, Rouen), même dans des villes détenues depuis longtemps par la droite (Reims, Toulouse, Laval). Au mieux, le rapprochement amplifie un peu une victoire attendue (Lille, Dijon). Dans la plupart des cas, il ne crée pas de dynamique ( Marseille, Perpignan). Au pire, les listes PS-MODEM enregistrent des scores inférieurs aux listes de gauche en 2001 et permettent à l'extrême gauche ou aux Verts de réaliser des scores importants (Montpellier, Grenoble). Seuls les cas très atypiques de Brive ou d'Asnières semblent infirmer ce constat. Il faudra certes affiner l'analyse. Mais ce qui est certain, c'est que le PS aurait tort de tourner la tête à droite au moment où il serait bon de regarder à gauche (maintien du PCF, poids important quoique localisé de l'extrême gauche).
Ensuite, ne laissons pas s'installer l'idée selon laquelle la présence majoritaire de la gauche dans la gestion des collectivités locales constitue un contre pouvoir suffisant à la politique de Fillon. Si les communes, départements et régions peuvent amortir le choc des réformes libérales, seule la conquête du pouvoir central permet de transformer la société. Le socialisme local est utile pour améliorer le quotidien des Français, mais pas suffisant pour changer la vie.
Enfin, ne croyons pas que l'addition des expériences locales suffise à élaborer un programme de gouvernement. Le débat idéologique, le travail collectif pour faire émerger des grandes orientations politiques sont plus que jamais nécessaires. En ce sens, la « rénovation » du Parti socialiste n'a pas de sens si elle se résume à un changement de statuts et à un alignement sur les institutions de la Vème république. L'enjeu aujourd'hui est stratégique (quelles alliances? quelles méthodes pour mobiliser la société? ), doctrinal (quelles valeurs? quelle vision du monde?) et programmatiques ( quelles réformes? quels objectifs?). Si la discussion, notamment au PS, se focalise sur le seul choix d'un (e) leader, alors l'échec sera de nouveau au rendez vous.
