le blog d'Emmanuel Maurel

actualités, politique, littérature, culture

23 février 2008

jusqu'où?

Difficile de s'opposer au sacro saint principe du « droit des peuples à disposer d'eux mêmes ». Les Kosovars veulent être indépendants et quitter la Serbie, dont la réputation internationale est sérieusement écornée depuis la guerre de Yougoslavie et le règne de Milosevic. Les États Unis se précipitent pour reconnaître la décision unilatérale des dirigeants de Pristina. Le droit international n'a pas été franchement respecté, mais c'est pour la bonne cause, et puis on finit par s'y habituer. Prévisible, la diplomatie française a emboîté le pas aux américains. Le Parlement n'est pas consulté, mais qui s'en étonne encore?

Certes, la Russie de Poutine proteste, le gouvernement de Belgrade vitupère. La solidarité slave, c'est vieux comme le monde. Personne ne semble imaginer sérieusement que ces mauvais coucheurs iront au delà de la simple expression du mécontentement. la Serbie entend rejoindre le paradis de l'Union Européenne, la Russie veut faire du commerce, etc... C'est le scénario optimiste : d'ici quelques semaines, tout est oublié. 

Il n'est pas interdit, pourtant, d'être plus prudents. Pour paraphraser le grand Charles, dans des Balkans compliqués, rien de pire que d'arriver avec des idées simples. Les Kosovars ont eu de gain de cause : comment justifier le refus de l'indépendance revendiquée par les serbes de Bosnie? Parce que les aspirations des serbes seraient, par nature, moins respectables que celles des albanais? Parce qu'il sera moins facile d'y installer une base militaire américaine?

Jusqu'ici tout va bien. Et demain? Faudra-t-il se pencher sur les aspirations des minorités en  Abkhasie? En Ossétie? En Gagaouasie? En Géorgie? En Bulgarie? En Roumanie?

Voilà, finalement, les seules questions qui vaillent : quand s'arrête-t-on? où s'arrête-t-on? Faut-il encourager à l'infini le fractionnement géographique, le séparatisme, l'indépendantisme? Et croit-on que la vieille Europe sera épargnée? Si nos amis espagnols sont aujourd'hui embarrassés, c'est qu'ils savent que les basques, voire les catalans, ne manqueront pas de s'appuyer sur le  précédent kosovar pour revendiquer le passage  à « l'indépendance ». Qu'en pensent les flamands? les corses?

Pour certains dirigeants de l'Union européenne, le projet est viable : plaider pour le « dépassement » des nations tout en encourageant l'expression des « nationalités ». Autant le dire : cette option n'est pas la nôtre.

Posté par Emmanuel Maurel à 14:17 - Actualité - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


13 février 2008

rideau de fumée

Nous ne sommes pas de fanatiques de la Vème République, loin s'en faut. Un exécutif hypertrophié, un parlement muselé, une excessive personnalisation du pouvoir : les institutions d'aujourd'hui méritent d'être profondément transformées. En attendant ce changement nécessaire, que demander à nos gouvernants? A tout le moins qu'ils occupent leurs fonctions avec un minimum de dignité. En quelques mois, Nicolas Sarkozy a refroidi les enthousiasmes des plus fervents supporters de la monarchie républicaine. Est ce là la « ruse de la raison »? Le chef de l'État qui parachèverait l'oeuvre de Chirac en discréditant définitivement la fonction de président « à la française »?

Car avec Sarkozy, il y a bien un saut qualitatif. Étalage de la vie privée, goût revendiqué pour le luxe, fascination pour l'argent-roi, rien ne nous est épargné. Quels que soient les défauts de ces prédécesseurs, aucun n'aura versé dans un tel exhibitionnisme, aucun n'aura sombré avec autant de virtuosité dans la  vulgarité et le racolage. 

Le plus dramatique, c'est évidemment de constater que nombre de médias lui emboitent le pas avec une certaine délectation. On ne compte plus les « unes » sur madame Bruni. Un nouveau pas est franchi aujourd'hui. Qu'un hebdomadaire « sérieux » comme le Nouvel Observateur, en effet,  choisisse de publier un supposé texto du président adressé à son ex-femme, voilà qui en dit long sur l'évolution de la presse française. Même si Sarkozy a fait  de sa vie intime une affaire publique (regrettons au passage qu'il ne soit pas le seul à pratiquer ce genre de confidences), faut-il pour autant entrer dans son jeu, au risque de mettre la politique au niveau où certains rêvent de la voir s'installer : dans le caniveau.

Car les diverses « révélations » qu'on nous inflige créent comme un un rideau de fumée qui masque la réalité de ce pays : une politique économique calamiteuse, des inégalités qui se creusent, des Français qui s'appauvrissent, etc...  A l'occasion des élections municipales et cantonales, sachons rappeler les vrais enjeux du moment.

Posté par Emmanuel Maurel à 10:52 - Actualité - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 février 2008

modèles

Les élites françaises n'aiment rien tant que la comparaison. Les années passent, le besoin de  références étrangères, tant au niveau économique que politique, demeure. L'exemple américain, le modèle scandinave, la voie blairiste, le nouveau centre allemand, le génie danois, etc... chacun se plaît à imaginer la France non pas telle qu'elle est, mais telle qu'elle devrait être. 

Il s'agit là d'un démarche ambivalente. D'un côté, cela témoigne, contrairement à la légende, d'une certaine modestie française qui ne rechigne pas à s'inspirer, de manière pragmatique, de ce qui semble marcher ailleurs. De l'autre, cela illustre la volonté jamais découragée, chez un petit nombre de « leaders d'opinion », de se débarrasser de tout ce qui fait la singularité de notre pays, tant d'un point de vue social ( rôle important de l'État dans la vie économique, importance des services publics, protection sociale de haut niveau) que politique (persistance d'un clivage droite/gauche encore net, culture de luttes).

Cette manie du modèle n'épargne ni la gauche ni la droite. Après avoir un temps lorgné vers le bushisme, les sarkozystes d'aujourd'hui se rêvent blairistes : l'ex Prime Minsiter promène son sourire ultra bright de colloques UMP en forums bessonistes.

A gauche, les aficionados de Lula voire de Chavez ne sont pas légion. En revanche, le SPD nouvelle mouture ne manque pas de fans. Et la gauche italienne a conquis bien des coeurs : d'abord  en choisissant de désigner son candidat au poste de président du conseil via un intéressant processus de primaires populaires (dans lesquelles les sondages d'opinion jouent un rôle prépondérant). Et, plus récemment en portant sur les fonds baptismaux un « parti démocrate » recentré et mollasse.

Les événements récents, en Allemagne comme en Italie, sont riches d'enseignements. Aux régionales de Hesse et de Basse saxe, le Linkspartei, en guerre contre la droitisation du SPD (allié à la CDU au niveau fédéral), réalise des scores encourageants. En Hesse, la candidate Andrea Ypsilanti, figure de la gauche du SPD, farouchement anti-Schröder,  a progressé de 8 points. Preuve, si il en est, que les électeurs préfèrent les positions tranchées au clair obscur.

En Italie, le gouvernement Prodi a été renversé au Sénat. Les commentateurs pointent du doigt les conséquences du mode de scrutin ultra proportionnel qui permet à de minuscules formations d'arbitrer la vie politique transalpine. Si cette analyse est fondée, elle occulte une partie du problème : la défaite de Prodi, c'est aussi la sanction d'une politique au fil de l'eau, multipliant les concessions à la droite et au centre. Le drame, c'est évidemment que cette déroute risque de ramener Berlusconi et ses sbires au pouvoir.

Il faut se garder d'avoir une lecture univoque de ces situations. Mais on ne s'interdira pas de formuler une hypothèse : et si c'est en redevenant elle-même que la gauche avait le plus de chances de reconquérir son électorat? 

Posté par Emmanuel Maurel à 16:22 - Actualité - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 février 2008

glossaire, j'y serre mes gloses

<p>A la Rochelle…</p>

Relu le "glossaire , j'y serre mes gloses" de Michel Leiris, sorte d'abécédaire poétique. Mille trouvailles.

Au hasard, et pour donner envie :

Famille : fameuse charmille d’infamie ,

cul : écluse musculeuse du luxe sensuel

con : monde nocturne de cocons, balcon de chrysalides

chagrin : grincements aigres, s’acharnant en crachin

bourgeoisie : gouge moisie

baroque : rocailleux et bariolé

algèbre : abrégé agile de givres cérébraux

angoisse : hangar poisseux, foisonnant de cent engins pour étrangler

accouplement : poulpe d’amants, en coupe

père : perpétuel pet de reptile

poésie : je l’ai choisie pour épousée

Michel Leiris, mots sans mémoire, coll l'imaginaire Gallimard.

Posté par Emmanuel Maurel à 12:26 - Lectures - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Qui est fou?

Cachez donc ce krach que je ne saurais voir. Pendant quelques jours, le « scandale » de la société générale va occulter le désastre boursier consécutif à la crise des subprimes. Une certaine presse préfère en effet raconter des histoires à sensation plutôt que de se livrer à l'analyse froide des faits : le jeune « trader fou » qui fait fait perdre, à lui tout seul, près de 5 milliards d'euros à une grande banque française, en voilà un beau scénario!

En réalité, il y a bien un lien entre l'affaire « société générale » et la crise.  Jérôme Kerviel, c'est le bouc émissaire idéal : il n'y a que les gogos qui imaginent que ce monsieur ait pu engager de telles sommes sans qu'à aucun moment sa hiérarchie n'en ait été informée (rappelons que pour perdre 5 milliards, il faut « miser «  bien davantage).

En réalité, le trader s'est contenté, certes avec beaucoup de zèle, de faire ce pourquoi on le paie : spéculer sur des marchés à risques, jouer gros pour gagner gros ou perdre beaucoup. Il ne s'agit pas de compatir : Kerviel, assoiffé de pognon, se meut dans un monde virtuel où l'on jongle avec des milliards sans jamais se poser la question de la vie réelle, celles des gens qui vivent de leur travail et s'endettent pour payer leurs maisons. Ce mercenaire ne mérite pas d'excuse. Mais il n'est qu'un infime rouage, une minuscule pièce du Grand Jeu. Ce n'est pas Monsieur Kerviel qui est fou, c'est le système.

Faut-il y revenir? Le système financier s'est incroyablement autonomisé par rapport à l'économie réelle. Et l'émergence du « pouvoir actionnarial » en est une des conséquences. Ce n’est plus le capitaine d’industrie, secondés par ses cadres et ses employés, qui détermine la politique de l’entreprise, mais l’actionnaire. Pour acclimater les managers à ce changement, leur rémunération a été modifiée pour varier aussi en fonction des performances boursières de l’entreprise. La conséquence de cette mutation : les managers ont été conduits à prendre des risques grandissants pour faire monter le cours de bourse de leur entreprise, allant jusqu’à truquer ses comptes (scandale Enron),ou à dissimuler des informations cruciales pour revendre leurs stock-options ou leurs actions au cours le plus favorable.

La société générale , c'est un exemple parmi d'autres : pour dégager le plus de profits possible, Bouton et ses amis ont lancé leur traders sur les marchés dérivés, emblématiques de la spéculation pure : les risques sont importants mais les bénéfices escomptés sont tellement énormes! Jusque là, cela leur avait plutôt réussi. Aujourd'hui, ça leur pète à la figure. Les subrpimes, la fraude. On aurait presque envie d'en rire si il n'y avait pas des salariés, des clients, des petits actionnaires qui vont payer pour les acrobaties d'une poignée d'irresponsables plein aux as.

Posté par Emmanuel Maurel à 12:16 - Actualité - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1