18 décembre 2007
mauvais goût
Ce sont les nostalgiques de la politique à la papa qui souffrent le plus. Ah, ce n'est pas De Gaulle qui se serait affiché avec une starlette mangeuse d'hommes. Ah, ce n'est pas Mitterrand qui aurait conté fleurette à l'ombre des Mickey géants de Disneyland! Sans être un vieux grincheux, on peut sans doute déplorer cet étalage de vulgarité au sommet de l'État. Gueuleton au Fouquet's, Croisière au large de Malte sur un yacht de milliardaire, montres voyantes et flirt au grand jour avec des minettes du show bizz : la rupture sarkozienne, c'est aussi cela, l'avènement d'une génération de responsables fric et paillettes qui ne se cachent plus (voyez aussi le cas de Rachida Dati). Les optimistes y verront une désacralisation salutaire : les hommes (et les femmes) publics, fussent ils à la tête du pays, ne sont pas des personnages mythologiques mais bien des Français comme les autres, avec leurs défauts et leurs mauvais goûts.
A l'évidence, ce qui choque, c'est l'ampleur de la couverture médiatique, et le caractère « téléphoné » de la publication des clichés. La « révélation » de l'idylle présidentielle éclipse opportunément le flop de la visite de Khadafi. On plaint d'avance les communicants de Sarkozy, contraints, après chaque mauvaise passe politique, d'inventer un nouvel épisode de la vie sentimentale de leur chef! Au prochain mouvement social , le président se fait larguer? Épouse sa belle? Lui fait un enfant?
Cette façon d'encourager les médias (qui ne demandent que ça) à participer à la « peoplisation » de la vie politique participe aussi de la « rupture ». Jusque là, un compromis tacite excluait du champ de l'information les coups de coeur et les galipettes de nos dirigeants. La dernière campagne présidentielle, durant laquelle les deux principaux candidats ont abusé des confidences personnelles et mis en scène leur vie familiale, ont ouvert une brèche. Avec l'élection de Nicolas Sarkozy, l'alignement sur les standards anglo-saxons (transparence totale de la vie privée) est en passe de se réaliser. Avec les dérives qu'on peut imaginer : scandales, révélations en tout genre, traque des hommes publics, etc... Bienvenue dans la république télé-réalité.
11 décembre 2007
une visite de trop
C'est la réaction de Bernard Kouchner qui me décide à consacrer ces quelques lignes à la venue de Khadafi en visite officielle en France. Interrogé à l'Assemblée par ses anciens « amis » de l'opposition, le locataire du quai d'Orsay, avec la morgue qui lui est coutumière, rappelait que François Mitterrand, en son temps, avait accepté de rencontré bien des dictateurs, ce dont, à l'époque, il s'était ému. Comme les morts ne peuvent se défendre, des collaborateurs du président défunt se chargent aujourd'hui de remettre les choses à leur place.
Si Mitterrand a bien rencontré Khadafi (notamment en 1984, dans un pays tiers, en Crète, au moment de la guerre au Tchad), il n' a pas cru bon de dérouler le tapis rouge pour une visite de 5 jours, avec réceptions officielles au quatre coins de Paris et discours complaisant pour celui qui a « son caractère » (dixit Sarko lui-même : les victimes du chef libyen pourraient en parler, du caractère de Khadafi!).
Le problème n'est pas, en effet, qu'il existe des relations entre la France et un État pas franchement réputé pour son respect des droits fondamentaux. De même, nous n'irons pas jusqu'à suggérer que l'on fasse du commerce avec les seules démocraties exemplaires. Ce qui est profondément choquant en revanche, c'est l'incroyable chaleur de l'accueil réservé au dictateur libyen. Poignées de main, courbettes et risettes, compliments : dans le domaine de la diplomatie, ces petites choses comptent énormément.
Plus grave encore, cette idée accréditée par l'Elysée selon laquelle la visite et la livraison de matériel militaire seraient la contrepartie de la libération des infirmières bulgares. Rappelons quand même que le chef de l'État français s'était déjà déplacé en Libye pour remercier Khadafi. Une fois suffisait! Aujourd'hui, c'est la visite de trop!
Deux dernières notations pour finir. Une première, naïve : on ne s'étonnera jamais assez de cette curieuse manie consistant à prétendre raffermir la paix...en vendant des armes. Une autre, un peu moins : comment expliquer que la presse fasse mine de gober sérieusement les coups de menton de Rama Yade au point de faire de la secrétaire d'État la représentante de l'opposition « droit de l'hommiste » à Sarkozy? Que des médias qui se veulent crédibles participent à cette farce, c'est renversant!
04 décembre 2007
la tentation de la fuite
Chine, Algérie, la Colombie bientôt peut-être. Nicolas Sarkozy a manifestement besoin de prendre l'air. On ne reprochera pas au chef de l'État de s'occuper de politique extérieure. Après tout, il s'agit là des prérogatives traditionnelles du président. Mais on ne peut s'empêcher de penser que le locataire de l'Elysée, si prompt à occuper toute la scène, à commencer par celle de son propre pays, s'en va par monts et par vaux histoire de fuir, un temps, les soucis qui ne cessent de s'accumuler en politique intérieure.
La croissance est atone, les Français sont globalement mécontents, les banlieues sont à vif et les réformes votées à l'automne n'ont pas eu l'effet escompté. Confrontés à la montée des revendications, relatives au pouvoir d'achat notamment , Sarkozy et Fillon semblent à côté de leurs pompes. Les récentes annonces télévisées du président ont confirmé cette impression de malaise et d'impuissance. Et l'exécutif lui-même n' a pas l'air de croire une minute aux quelques mesurettes destinées à relancer le pouvoir d'achat.
Le déblocage de la participation concerne essentiellement les cadres, l’octroi d’une prime (de 1.000 euros) aux salariés des entreprises de moins de 50 salariés sera conditionné au bon vouloir des entreprises. Quant à la « monétisation des 35 heures », soumise à l'accord du patron, elle ne touchera qu'une minorité de salariés qui, de surcroît, risquent d'y perdre compte tenu de l'absence de garanties sur la question de la majoration des heures supplémentaires. Bref, le dispositif n'est évidemment pas à la hauteur du problème. Et les marges de manoeuvre sont faibles depuis le cadeau de 15 milliards d'euros du paquet fiscal. D'autant que ces maigres annonces s'inscrivent dans un vrai plan de rigueur (redevance télé pour les retraités modestes, franchises médicales, suppression de postes dans la fonction publique) qui ne laisse rien augurer de bon pour la grande majorité des Français.
Dans ce contexte, on comprend aisément que Sarko ait la tentation de la fuite!
