28 octobre 2007
l'explication de texte de Giscard
Le traité dit simplifié agite modérément le landerneau. C'est normal puisque, selon les esprits informés, la messe est dite. Sarkozy avait annoncé qu'il ne recourrait pas au référendum. Ségolène Royal au contraire avait défendu l'idée selon laquelle le passage devant le peuple souverain était une étape obligée. Elle se range aujourd'hui à l'avis du chef de l'État, et avec elle, semble-t-il, la majorité du PS. La presse est évidemment au diapason : les électeurs sont parfois si imprévisibles!
Et puis, ajoutent en choeur les spécialistes, le texte simplifié est si compliqué! Les citoyens pourraient s'y perdre, et voter avec leurs pieds, comme lors du funeste 29 mai. Autant laisser les gens sérieux s'occuper du bonheur de tous. En votant tranquillement pour un document qui diffère pourtant peu du texte rejeté par près de 55% des Français il y a deux ans. Car, tout simplifié qu'il est, le compromis de Lisbonne se contente de modifier à la marge le TCE.
Le traité simplifié, c'est encore Giscard qui en parle le mieux. L'ancien président de la convention européenne, vexé qu'on puisse faire avaliser un traité après avoir refusé celui dont il était le principal artisan, indique dans Le Monde à quel point les deux textes sont similaires. Il faut lire cette intéressante tribune. VGE explique ainsi que « Le traité de Lisbonne se présente comme un catalogue d'amendements aux traités antérieurs. Il est illisible pour les citoyens, qui doivent constamment se reporter aux textes des traités de Rome et de Maastricht, auxquels s'appliquent ces amendements. » Voilà pour la forme.
Sur le fond en revanche, l'Ex indique que « les propositions institutionnelles du traité constitutionnel se retrouvent intégralement dans le traité de Lisbonne, mais dans un ordre différent, et insérées dans les traités antérieurs. ». Nous voilà rassurés : tout y est , mais dans le désordre.
Un peu vachard, Giscard indique que les demandes formulées par les partisans français du non ont fait l'objet de « satisfaction de politesse plus que de modification substantielle ». Ainsi, la concurrence libre et non faussée ne figure pas... à la même place. Immense victoire de Sarkozy, qui a su prendre en compte les aspirations de son peuple rebelle!
Plus sérieusement, ce qui frappe dans ce nouveau texte,c'est à quel point il révèle la grille d'analyse des dirigeants européens relativement aux non français et hollandais. Plutôt que d'y voir une protestation contre l'absence de garanties sociales et démocratiques dans la construction européenne, ils y ont préféré y déceler une bouffée irrationnelle d'euroscepticisme. Ainsi, les rédacteurs ont enlevé du texte toute référence aux emblèmes de l'Union (drapeau, devise, hymne) : comme si c'était là ce qui gênait les peuples!
24 octobre 2007
traité complexifié
Si Sarkozy était scénariste, il y a fort à parier qu'il intitulerait son nouvel opus : « Traité constitutionnel européen : la revanche! ». Les français et les hollandais, mauvais coucheurs de l'Union européenne, avaient eu l'impudence de rejeter un texte célébré par toutes les élites du continent. A peine élu, le président de la République s'est échiné à remettre l'ouvrage sur le métier. Pour que la France, « au ban des nations d'Europe », retrouve enfin son rang, il fallait, au plus vite, réécrire un texte « simplifié ».
Celles et ceux qui auront le temps et le courage (il en faut beaucoup) de jeter un oeil sur le document de compromis issu de Lisbonne constateront qu'en matière de « simplification », les dirigeants de l'Union ont des progrès à faire. « Simplifié », le nouveau traité n'en a que le nom. Il est en effet, à l'instar du précédent, d'une incroyable complexité. Un argument « démagogique », disent les savants et les experts, qui savent ce qui est bon pour le peuple. Pourtant, le caractère illisible des documents communautaires n'en finit pas de poser problème.
La plupart des Constitutions démocratiques modernes sont accessibles au plus grand nombre. Voyez la Loi fondamentale allemande, la constitution américaine ou le texte de la Vème République française : un citoyen, même rétif au langage juridique, comprendra à peu près comment les institutions de son pays fonctionnent, quelles sont les libertés fondamentales qui y sont protégées, comment la responsabilité des dirigeants peut être engagée.
Ce n'est pas le cas pour l'Europe. Construction inédite, fruit de longues et laborieuses tractations, l'Union Européenne est certes un objet politique non identifié. La difficulté à mettre d'accord 27 États-nations peut expliquer le recours à des solutions techniques parfois alambiquées. Mais rien ne saurait justifier le règne généralisé de l'opacité. Et rien ne peut expliquer que des institutions non élues (la Commission, ou la Banque centrale Européenne par exemple) puissent imposer leur loi au Parlement issu du suffrage universel. Au coeur du débat sur l'Union européenne, il y a la question démocratique.
C'est la raison pour laquelle le refus du président de la République française de recourir au référendum sur le traité simplifié est tout bonnement un déni de démocratie. Ce que le peuple a défait en 2005, seul le peuple le refait ou le défait à nouveau. Aucun argument sérieux ne peut être opposé à ce principe fondamental.
17 octobre 2007
monopoly entre amis
La semaine dernière, j'évoquais en passant l'incroyable collusion entre le pouvoir en place et le grand patronat français. Cette proximité n'est ni un scoop, ni, hélas, une nouveauté sous la Vème République. Mais avec l'ex maire de Neuilly, il est indéniable qu'un cap a été franchi. Sarkozy adore parader aux côtés de ces amis patrons, dont beaucoup habitent dans la ville qu'il a longtemps administrée. Du yacht au large de Malte aux vacances américaines offertes par des riches industriels, le président aime à se montrer en compagnie de généreux donateurs.
Arnaud Lagardère (« mon frère », dit de lui Sarko), Martin Bouygues (« l'ami de toujours »), Vincent Bolloré, Bernard Arnault : les copains du président sont aussi ceux qui contrôlent des secteurs clés de l'industrie française. Télécommunications, médias, énergie, BTP, la palette des activités des groupes qu'ils dirigent est large.
Prenons un exemple, le moins connu des quatre. Le groupe Bolloré, tentaculaire, ne se contente pas de prospérer dans l'industrie, le transport et la logistique, la plantation. Il s'est lancé, il y a peu, dans les médias et la communication. Chaîne de télé « Direct 8 », quotidiens gratuits « Direct soir » et « Matin Plus », des parts importantes dans la SFP. Bolloré produit de l'information. C'est utile. Bolloré Telecom a besoin de fréquences : le gouvernement le lui accorde. Bolloré a un yacht : il le prête au président de la République, qui a besoin des journaux pour populariser sa politique mais qui peut en échange donner de bons coups de main.
Car le problème, c'est bien que les groupes amis sont en affaires avec la puissance publique. Lagardère, on le sait depuis quelques semaines, a fait une belle affaire en vendant ses actions d'EADS à la caisse des dépôts et consignations, qui a perdu beaucoup d'argent. Dans « le Journal du dimanche », qu'il possède, il se défend et mouille Villepin, qui déteste Sarkozy.
Mieux encore : Bouygues, à qui l'État a cédé ses parts dans Alstom, va entrer dans le capital d'Areva, qui contrôle la filière nucléaire française. Madame Lagarde, ministre de l'économie et des finances, interrogée hier à l'Assemblée Nationale, ne trouve pas grand chose à redire. Les centrales nucléaires au privé? Il faut donner à l'entreprise « les moyens de financer son développement ». François Brottes, député PS, a fustigé ce « Monopoly entre amis ». La formule est plaisante. la réalité l'est moins.
10 octobre 2007
EADS : le triple scandale
Les comiques qui prétendent « humaniser » le capitalisme, « moraliser » le libéralisme économique voire promouvoir les « entreprises citoyennes », seront chagrinés par l'affaire EADS. Difficile en effet de faire passer les dirigeants aujourd'hui impliqués pour des marginaux, des flibustiers de la finance, des moutons noirs isolés. Ceux par qui le scandale arrive ont pignon sur rue. Des capitaines d'industrie estimés, des patrons respectés. On trouve même parmi eux un « frère » du président de la République. C'est dire!
A y regarder de près, il y a au moins trois scandales dans l'affaire qui vient d'être révélée.
Scandale financier tout d'abord. Peu de temps avant la révélation des difficultés industrielles rencontrées par l'entreprise, quelques semaines avant à l'annonce des « sacrifices » auxquels sont invités les salariés, une poignée de dirigeants d'EADS vendent leurs stocks options et réalisent une belle plus value. Une fois de plus, les zélateurs de la « société du risque » protègent leurs arrières : c'est le menu fretin qui trinque.
Scandale d’État également : selon la bonne vielle arnaque libérale, on organise la privatisation des profits et la socialisation des pertes. Ainsi, c'est l'Etat, via la caisse des dépôts, qui rachète la moitié de la participation de Lagardère dans EADS : l'addition s'élève à 1,8 milliards d’euros. Un tiers, soit 600 millions d’euros, s’est envolé en fumée quelques semaines plus tard.
Scandale politique, enfin. Le gouvernement et l'Elysée rivalisent de belles promesses : « la vérité sera faite », les coupables seront sanctionnés, etc... Difficile de faire moins. Mais, au même moment, le garde des sceaux lance des pistes pour parvenir à une dépénalisation du droit des affaires. On s'était ému ici de cette initiative qui coïncidait avec le durcissement de la répression en direction de la délinquance de droit commun et la criminalisation des immigrés. Aujourd'hui, les projets de Madame Dati prennent une dimension nouvelle. C'est l'illustration de la collusion (rarement atteinte, en tout cas rarement autant assumée) entre l'équipe au pouvoir et le grand patronat. Il y a tant de copains à amnistier.
07 octobre 2007
la rénovation à l'allemande
Les socialistes glosent à l'infini sur la « rénovation » du PS. Quelques modernes, navrés de la singularité de la gauche française et de son indécrottable archaïsme, somment les militants et les responsables d'imiter les « réussites » étrangères. Le choix est large : scénario à l'italienne à la mode Prodi, social libéralisme à la Blair, parti démocrate à la Clinton, social-démocratie à la suédoise, nous aurions l'embarras du choix.
Curieusement, personne ne se hasarde à regarder du côté de nos amis allemands, pourtant en pointe de la « rénovation » social démocrate. C'est que nos camarades du SPD sont allés un peu loin dans l'ouverture! Ils gouvernent depuis 2005 avec les conservateurs de la CDU, et, comme c'était inévitable, n'influent quasiment en rien la politique de droite que Merkel entend mettre en oeuvre. Des socialistes modernes, quoi!
Un seul hic : les allemands de gauche ne sont pas franchement satisfaits de leur « grand parti moderne ». Le SPD perd les élections intermédiaires, chute dans les sondages, et se fait tailler des croupières par le Linkspartei d'Oskar Lafontaine. Ajoutons à cette mauvaise passe politique un sérieux problème social : le revenu net moyen en Allemagne se situe au plus bas niveau depuis 20 ans. Les réformes de l'assurance chômage ont fragilisé considérablement les ménages les plus modestes. Et Les inégalités progressent. voilà ce qu'on appelle une fameuse réussite!
Résultat : les cadres du SPD commencent à s'inquiéter. Et envisagent de rétropédaler rapidement. Ainsi, fin octobre, le parti social-démocrate compte se doter d'un nouveau programme. Dans lequel figurera la notion de « socialisme démocratique » longtemps banni compte tenu du passé est allemand. Et qui prévoit de sérieuses inflexions programmatiques pour répondre aux inquiétudes sociales de l'électorat populaire. Oubliées, les saillies libérales de Schröder? Pas si sûr. Le document soumis à discussion tente de concilier apports de la « troisième voie » et fondamentaux de la gauche. Une stratégie du cul entre deux chaises risquée et pas forcément gagnante.
avis aux amateurs : la droitisation n'est pas toujours couronnée de succès.
