23 août 2007
poperen actuel!
L’actualité est riche et nos lecteurs s’étonneront peut-être de
jean Poperen est mort il y dix ans. Son message reste d’actualité. Union de la gauche, confrontation sociale, défense de la République laïque : un triptyque qui dessine les contours d’une gauche de combat, à mille lieues de la social-démocratie molasse, ce centre gauche du renoncement auxquels les adeptes du prêt à penser aimeraient nous convertir.Au moment où les rénovateurs en peau de lapin rivalisent de formues creuses, deux citations qui mériteraient d’être méditées.
Sur la prise du pouvoir et la stratégie électorale d’abord : « « ce sont les suffrages des indécis entre la droite et la gauche qui font la décision mais ce n’est pas en courant après qu’on les attrape. Chaque fois qu’on s’amuse à ce petit jeu on perd à gauche sans rien gagner à droite. Par nature, ces éléments instables, en général peu politisés, se décident en fonction non des programmes mais des rapports de forces (…) « nous ne convaincrons personne en tentant de faire croire que nous ferons les mêmes choses mieux que la droite. Nous emporterons l’approbation, même des tièdes, si nous montrons que nous avons la volonté politique de faire autre chose ».
Sur l’exercice du pouvoir ensuite : « la gauche n’a pas tenu son contrat si elle n’a pas un tant soit peu corrigé les inégalités sociales. La gauche représente la réduction des inégalités. C’est son image dans la conscience collective, dans la mémoire qu’on a de ces brefs passages au pouvoir. Tout ce qui a été fait par ailleurs sera tenu pour nul si le contrat n’est pas tenu : la gauche au pouvoir ce sont d’abord les augmentations de revenu salarial ».
Actuel, n’est ce pas ?
15 août 2007
Pénurie !
L’information est passée inaperçue. Quelques entrefilets, un petit article ou deux. Tout occupés qu’ils sont à décortiquer les vacances américaines de Sarkozy, les medias font donc l’impasse sur un sujet brûlant : l’augmentation brutale du prix du lait consécutive…à une situation de pénurie européenne, voire mondiale !
Les citoyens consommateurs auront du mal à y croire : voilà près de vingt ans qu’ils sont matraqués d’argumentaires sur la suproduction laitière. Vingt ans qu’ils voient défiler les agriculteurs sommés de respecter des « quotas laitiers », voire incités à se reconvertir dans les céréales. Où sont donc passées les fameuses montagnes de beurre qu’il fallait détruire ?
Pourtant, chacun est obligé de l’admettre : il manque aujourd’hui plus d’un milliard de litres de lait sur le marché européen ! Et les pays émergents, qui consomment de plus en plus de produits lactés, sont eux aussi confrontés à une situation de pénurie. Le résultat est connu : augmentation générale des prix. Et mise en difficultés de certaines petites entreprises du secteur.
Seuls les naïfs pensent que l’on pourra facilement répondre à cette crise de l’offre. Dans les pays européens, l’effet conjugué des quotas et de l’incitation au changement de culture a détourné nombre d’agriculteurs de la production laitière. Ils n’y retourneront pas en quelques mois.
En attendant, ce sont les consommateurs qui trinqueront. Ils en ont l’habitude. D’autant que l’on annonce, pour très bientôt, une hausse substantielle du prix du pain !
09 août 2007
American parano
La présidentielle américaine est encore loin mais les primaires démocrates battent leur plein. Les deux candidats les mieux placés, Hillary Clinton et Barack Obama, après avoir amassé des montagnes de pognon, mènent campagne tambour battant et ne manquent pas de s’affronter, parfois durement.
Ainsi, les récentes sorties d’Obama en matière de politique étrangère (oui, élu, il accepterait de rencontrer les chefs de gouvernements des « Etats voyous » ; non, il n’envisage pas de recourir à l’arme nucléaire tactique) ont été sévèrement taclées par l’ex première dame au nom du « réalisme ». Résultat : Obama a rétropédalé à toute vitesse et en rajouté des tonnes sur la mission de l’Amérique dans le monde (il faut combattre Al Quaïda au Pakistan…même sans l’accord des pakistanais). Bref, si la politique extérieure version parti de l’âne serait sûrement moins catastrophique que celle de l’administration Bush, le manichéisme made in US et l’interventionnisme qui va avec ont encore de beaux jours devant eux.
Ceux qui aiment se faire peur avec la politique américaine trouveront de quoi alimenter leur paranoïa en dévorant le dernier roman de Larry Beinhart, « le bibliothécaire », grand prix du livre policier en 2006, qui brosse un tableau flippé et flippant de l’après 11 septembre.
Engagé par un richissime homme d’affaires, David Goldberg, un modeste bibliothécaire sans histoire, devient rapidement la cible d’une bande de psychopathes à la solde du gouvernement. Le contexte est particulier : le président républicain sortant, M. Scott (facile de reconnaître Bush : un fils à papa riche mais minable, instrumentalisé par des gros industriels plutôt véreux !), est menacé par le montée en puissance d’une sénatrice démocrate de l’Idaho. Il y a trop d’intérêts, trop de fric en jeu, pour se permettre de laisser la Maison blanche à une gauchiste. Tous les coups sont permis, et quels coups ! Manipulations en tout genre, corruption à grande échelle, assassinats : le pouvoir, c’est sérieux !
Sous la plume de Beinhart, la « plus grande démocratie du monde » en prend pour son grade. Et si « le bibliothécaire » est bien une fiction (très efficace d’ailleurs, ça se lit d’une traite), la critique de la société américaine gangrenée par l’argent, le racisme et le fanatisme sonne juste. Les piques les plus acerbes sont finalement portées contre les medias, notamment audiovisuels, qui, loin de remplir leur rôle de contre pouvoirs, s’adonnent avec frénésie à une vaste entreprise de décervelage.
Comme quoi il n’y a pas que les intellectuels de la vieille Europe pour dauber sur Bush et sa bande…
Le bibliothécaire, Larry Beinhart, Folio Policier
02 août 2007
Hypocrisie
Depuis Roland Barthes et son inoubliable décryptage des « mythologies » françaises, on sait que le Tour de France est bien plus qu’un simple événement sportif. Il en dit long sur l’état de la société qui le voit naître, mais aussi, finalement, sur l’humanité elle-même. Le cyclisme, c’est un condensé de vertus populaires : l’endurance, le culte de l’effort, l’abnégation devant l’adversité, le courage, l’esprit de sacrifice (les porteurs d’eau anonymes font partie de la « légende du Tour »).
Longtemps, on a opposé la vie facile des virtuoses milliardaires du ballon rond à celle des forçats de la route. Mais depuis dix ans, le vélo, comme le foot ou l’athlétisme, est pourri par l’argent et la triche. Qui pourrait s’en étonner ? La société de marché sait utiliser les valeurs du sport à son profit : l’esprit de compétition et la quête toujours recommencée de la performance prennent une tournure nouvelle quand ils rencontrent le monde de la télé et du fric.
Le cycliste, souvent issu des classes populaires, se voit contraint, s’il veut gagner sa vie, de rouler toujours plus vite, toujours plus longtemps. D’où le dopage généralisé, longtemps tu, qui concerne une bonne partie des coureurs qui n’ont, quoiqu’en disent les hypocrites, pas vraiment le choix. Les sponsors veulent un rapide retour sur investissement, les chaînes demandent des exploits, les spectateurs attendent des demi-dieux qu’ils soient à la hauteur de la légende : inépuisables et chaque année plus forts. De temps en temps, un coureur malchanceux est suspendu pour dopage.
Cette année encore, quelques uns, parmi les meilleurs, se sont fait attraper. L’heure est à la suspicion. Et le vainqueur par défaut, l’espagnol Contador, n’échappe pas à la rumeur. Sur fond de guerres intestines entre les autorités du vélo, les organisateurs de la compétition n’en finissent pas de promettre un « tour propre » et balancent en pâture, régulièrement, quelques moutons noirs, boucs émissaires pratiques qui ne sauraient occulter longtemps le pourrissement avancé du système lui-même. Dans un magnifique lapsus, le directeur du Tour résume la situation : « le public nous soutient, le président de la République nous soutient, les sponsors nous tiennent…euh… nous soutiennent » ! Si le vélo est malade, c’est avant tout des marchands et des hypocrites.
