Les Cassandre en ont été pour leur frais : le débat télévisé entre les trois candidats socialistes à l’investiture présidentielle n’aura pas terni l’image du PS, loin s’en faut. Au contraire, cet exercice de démocratie interne aura ringardisé la droite qui privilégie les querelles de chefs feutrées quoique violentes à la confrontation publique des idées et des propositions.

 
Alors, bien sûr, il n’est pas interdit de faire la fine bouche. L’aspect ultra-formaliste de la discussion (questions préparées à l’avance, disposition du plateau style « questions pour un champion », plans fixes sur les visages des compétiteurs) nuit beaucoup à la réactivité et la vivacité qui font le charme des débats traditionnels. Il est indéniable qu’un peu de souplesse rendrait l’exercice un peu moins fade, un peu moins convenu.

 
 Il n’empêche : le débat a eu lieu et c’est bien. Ce qui est mieux encore, ce sont les commentaires d’après débat. Une fois encore, l’épisode de la désignation interne au PS permet de mesurer l’incroyable partialité de la presse, notamment audiovisuelle. Ceux qui ont laissé allumée la télé quelques minutes après la conclusion des orateurs ont assisté à un déluge d’analyses préparées à l’avance et tellement orientées qu’on se demandait si l’on avait assisté au même programme !

 

Pourquoi ne pas dire la vérité une fois pour toutes : les observateurs choisissent souvent le candidat avec lequel ils sont d’accord sur le fond, ou en tout cas le moins en désaccord. Il est évident qu’un journaliste de droite n’aime pas les arguments de gauche : c’est normal mais autant l’assumer, plutôt que de se lancer dans une dissertation qui fleure bon la mauvaise foi.

 
De la même façon, les grands medias choissent toujours les personnalités qui leur semblent les moins dangereux pour leurs intérêts. Si un candidat en appelle à taxer les grandes entreprise ou à baisser le budget de la défense, ou à limiter la concentration dans l’audiovisuel, comment imaginer qu’il aura les faveurs d’une presse qui appartient à des groupes concernés par ce type de mesure ? Il ne s’agit pas de crier au complot. Simplement de souligner une réalité qui rentre en compte dans le traitement médiatique de l’élection présidentielle.

 

Le véritable intérêt du débat entre les trois candidas socialistes, c’est qu’il confirme l’existence de trois lignes politiques différentes. Dominique Strauss Kahn le dit sans ambages et avec une franchise qui l’honore : il veut que le PS s’aligne enfin sur le reste de la social-démocratie européenne. Laurent Fabius poursuit dans la lignée de ses analyses consécutives au 21 avril et au 29 mai : la stratégie, c’est le rassemblement de la gauche autour d’une orientation claire et des propositions précises. Quant à Ségolène Royal, elle tente d’incarner une nouvelle voie, combinant un retour fort aux valeurs traditionnelles, la promotion de l’échelon local et régional pour agir et la cyberdémocratie. Trois styles, trois lignes politiques différentes. En votant, les adhérents du PS choisiront aussi une certaine idée du socialisme.

 

Post Scriptum. La Commission européenne demande la libéralisation totale du marché postal au 1er janvier 2009, et exige que l’Etat français cesse d’accorder sa garantie à La Poste, en instruisant une procédure d’infraction contre le monopole du livret A ! On a hâte d’entendre les trois candidats sur ce scandale.