La Roumanie et la Bulgarie vont intégrer l’Union européenne. A chaque nouvel élargissement, le citoyen européen est partagé entre deux sentiments. La satisfaction, la circonspection.

Le premier est naturel, sain : l’unification du continent européen est souhaitable. Longtemps traversé par des tensions fortes, parfois ensanglanté par des conflits effroyables, l’Europe est une réalité géographique, économique, culturelle qui doit se traduire politiquement par la constitution d’un ensemble régional cohérent et stable. L’objectif historique d’une grande Europe démocratique et pacifique mobilise la majorité de nos concitoyens. Dans cette perspective, l’élargissement aux anciens pays de l’Est est logique et bienvenue.

Les questions qui émergent aujourd’hui ne portent donc pas tant sur l’objectif que sur les modalités de l’élargissement. Déjà, le passage de quinze à vingt cinq s’est effectué brutalement, sans réforme institutionnelle préalable. Un tel saut quantitatif (les précédents élargissements ne concernaient jamais plus de trois pays), mal préparé, mal négocié, a donné naissance à une crise politique qui n’est pas terminée.

Obsédés par la seule « concurrence libre et non faussée »,  désireux avant tout de constituer un grand marché au bénéfice de quelques uns, les promoteurs de l’Europe des 25 ont occulté des préoccupations essentielles : les protection sociales des travailleurs et plus généralement l’amélioration des conditions de vie de la majorité des populations, ne font pas partie des préoccupations premières de la Commission et du Conseil.

Le résultat est connu : la défiance à l’égard d’une Europe libérale qui fait fi du progrès social et des avancées démocratiques va croissante. Le rejet du Traité constitutionnel européen a témoigné de ce désamour. Tant que la question des délocalisations n’est pas posée, tant que le dumping fiscal et social est encouragé (et chaque nouvel élargissement constitue un risque supplémentaire dans ce domaine), le scepticisme voire la colère l’emporteront sur l’enthousiasme. 

Pour tenter d'amadouer les réticents, le président de la Commission et la plupart des chefs des groupes politiques ont promis une nouvelle réforme des institutions avant l'adhésion de nouveaux pays après la Roumanie et la Bulgarie. Une promesse nulle : les dirigeants européens l’ont tenue avant chaque élargissement passé, sans jamais la concrétiser.

Petit à petit, L’Europe devient de plus en plus ingouvernable et de moins en moins sociale. Dès lors, les opinions publiques seront fondées à se poser cette question : 15, 25, 27, soit. Mais pour quoi faire ?