Depuis qu’il a abandonné toute velléité présidentielle, Michel Rocard se lâche. Après avoir incarné pendant des lustres la modération et le « devoir de grisaille », l’eurodéputé se veut désormais iconolaste et provocateur : c’est plutôt sympathique.

Electron libre, Rocard s’est enfin mis au « parler vrai ». Il ne cache rien de ses antipathies et de ses accointances. Son denier livre, « Si la gauche savait », est un savant mélange de règlement de comptes et d’autosatisfaction. La liste des détestations rocardiennes est infinie : « cyniques », « forbans » « populistes » et autres « médiocres » peuplent la famille socialiste.

Mais l’ancien Premier Ministre a aussi des amis. Et pas seulement à gauche. Il confesse régulièrement son affinité pour le centre-droit. C’est sa grande affaire, mais aussi sa plus grande déconvenue. Il a échoué à rabibocher la gauche moderne et centrisme mou. Mais il n’en finit pas d’essayer. Pendant le débat sur le Traité Constitutionnel Européen, il était à son aise. Enfin, on se retrouvait entre gens de bonne compagnie. Enfin la recomposition tant attendue était à portée de main. Patatras : les Français, en votant « non », ont retardé la belle entreprise. L’alliance des raisonnables attendra.

Qu’à cela ne tienne. Rocard remet l’ouvrage sur le métier. En se rendant aux journées d’été de l’UDF, le soutien de Dominique Strauss- Kahn va à un rendez-vous amoureux. Certes, il a beau jeu de dénoncer le « sectarisme » de ses pairs qui toussent un peu à l’idée de voir un socialiste parader aux côtés de Bayrou et consorts. Débattre, c’est le B-A-ba de la démocratie, non ?

Le hic, c’est que tout le monde sait que la confrontation courtoise tournera vite en démonstration d’accord idéologique. On peut écrire l’histoire d’avance. Bayrou saluera les hommes de gauche « ouverts tolérants et responsables » dont la France continue d’avoir besoin : Delors, Rocard, Kouchner…Et se proposera de rassembler derrière lui tous les modérés enthousiastes qui veulent en finir avec les clivages dépassés et archaïques. Rocard fera mine de ne pas saisir la main tendue. Et le Nouvel Obs s’en attristera. Qu’importe. L’idée, c’est de préparer le terrain. Au cas où un(e) candidat(e) PS soit à cours d’imagination.